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Migrations

Itinéraire d’un migrant dénigré - dossier

Bienvenue ! Un mot simple, à prononcer la main tendue ou les bras ouverts, le sourire aux lèvres. Un mot que nous avons tous plaisir à entendre, lorsqu’il nous est adressé. Un mot qui est promesse d’enrichissement, quand c’est nous qui le prononçons. Un mot qui, pourtant, semble bien avoir disparu du vocabulaire des Etats européens. Alors que les sans-papiers tentent désespérément de se faire accepter par notre pays, Imagine a suivi le parcours d’obstacles que doivent franchir les étrangers avant d’entendre – peut-être – ce beau mot : bienvenue !

1974. La crise est là. Le choc pétrolier ébranle le monde. La Belgique – en compagnie des autres Etats européens – décrète la fin de l’immigration… Et les débuts d’une politique qui, d’année en année, va fermer de plus en plus nos portes aux étrangers.
Les immigrés n’ont pourtant pas toujours été aussi indésirables – même s’ils n’ont jamais été tout à fait bien accueillis. Après la Seconde Guerre mondiale, nous avons besoin de bras pour les charbonnages, et des accords sont passés avec l’Italie, puis avec le Maroc ou la Turquie dans les années 60. « L’immigration était alors importante, constate Mateo Alaluf, sociologue, professeur à l’ULB. On arrivait avec un visa de tourisme puis on se mettait en ordre facilement, on obtenait autorisation de séjour et permis de travail. »

Les immigrés sont des bras,
les immigrées des ventres

Les sixties voient aussi fleurir l’inquiétude quant au vieillissement de notre population  [1], et la Belgique est le premier pays européen à encourager le regroupement familial, dans l’espoir de rajeunir le pays. C’est toujours l’utilitarisme qui prévaut : les immigrés sont des bras, les immigrées des ventres…
Parallèlement se met en place la Convention de Genève [2]. L’Europe de l’Ouest, en pleine guerre froide, accueille volontiers les victimes des régimes de l’Est ou des dictatures d’Amérique latine. « Leur capital sympathie est alors énorme, explique Marco Martiniello, sociologue de l’ULg, directeur du CEDEM (Centre d’études de l’ethnicité et des migrations), et leur présence nous dit que notre système est meilleur. »
Mais, avec la crise, les migrants deviennent indésirables [3], et l’immigration des travailleurs est officiellement arrêtée en 1974. La première campagne de régularisation a alors lieu, suite à une grève de la faim. « Cette mesure est vue comme une compensation à la fermeture des frontières, commente Pierre-Arnaud Perrouty, juriste à la Ligue des droits de l’Homme et membre de Migreurop, ainsi que le sera la loi du 15 décembre 1980 sur le statut des étrangers, puis celle contre le racisme un an plus tard. Mais depuis, toutes les modifications de la loi sur l’accès, le séjour et l’établissement des étrangers vont dans le sens d’un durcissement, et rendent en s’additionnant la loi très technique et illisible… »
La Convention de Genève sur le droit d’asile, elle, reste toujours d’application. Mais devient quasi l’unique porte d’entrée possible. « Des gens se sont mis à demander l’asile alors qu’ils n’en avaient pas vraiment envie et ne correspondaient pas nécessairement aux critères définis par la Convention [4] », poursuit le juriste de la Ligue. « Et puis, avec la chute du Mur, les guerres en Europe [5], la complexification du monde est allée plus vite que nos outils politiques et conceptuels  », ajoute Marco Martiniello.

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[1Suite au rapport du démographe Alfred Sauvy, en 1962.

[2Ou plus exactement la Convention relative au statut des réfugiés et des apatrides, signée en 1951 puis amendée en 1967, pour étendre son champ d’application à tous les réfugiés et non plus seulement à ceux d’avant 1951.

[3Comme ils l’avaient déjà été dans les années 30.

[4La Convention oblige à accueillir toute personne qui craint « avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques ».

[5Les guerres en Europe seront à l’origine de la création du statut de protection subsidiaire, qui doit permettre aux personnes qui fuient un conflit armé de demeurer dans notre pays temporairement, le temps que dure ce conflit.

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