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Percée du bio au Sud

Qui a dit que les cultures bio étaient un luxe réservé aux bobos occidentaux ? En Afrique, en Amérique latine, des petits producteurs passent au bio pour préserver la santé de leur famille et celle de leur sol. La transition n’est pas toujours facile, car au début il faut affronter des baisses de rendement, mais les efforts finissent par payer.

« Je rentre de Thiès (la troisième ville du Sénégal), j’ai vu des choses inimaginables, s’inquiète Hugues Dupriez, agronome belge. Les maraîchers protègent leurs cultures à coups de pesticides, mais ils ne savent pas différencier les produits entre eux, et encore moins les doser. J’ai vu des carrés d’oignons et de tomates tellement saturés d’engrais que l’on voyait le produit chimique affleurer à la surface du sol. »
Au Sénégal, des Libanais tiennent les boutiques spécialisées dans les intrants agricoles. Le paysan doit juste pousser leur porte, indiquer quelles plantes il cultive, et il reçoit les produits supposés garantir de bonnes récoltes « Cette pratique est d’autant plus inquiétante que beaucoup de pesticides, comme le DDT [1] ou le malathion [2], interdits chez nous pour leur toxicité, sont encore en vente. »
Cette surconsommation se révèle en outre contre-productive. « Le mythe des engrais qui donnent de bons légumes reste tenace, poursuit l’agronome. Les oignons sont gorgés d’eau et d’engrais. Les bulbes gonflent mais se conservent mal. Après la cueillette, ils doivent être rapidement vendus, ce qui entraîne une chute des prix. Le maraîcher paye ses intrants au prix fort et brade ses récoltes. De plus, il salinise l’eau des puits par la percolation des engrais. Certains paysans commencent à réaliser qu’ils utilisent trop d’intrants, mais la réaction est lente, car personne ne sait comment gérer correctement les amendements du sol. »
Le bio, encore trop souvent considéré par certains comme une culture de luxe qui serait réservée aux bobos occidentaux, gagne cependant du terrain aujourd’hui dans le Sud. Et c’est tant mieux. L’Afrique du Sud, un des seuls pays du continent à disposer d’un secteur bio formel et quantifiable, a vu ses ventes multipliées par 80 ces cinq dernières années.

(...)

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[1Le DDT, ou dichlorodiphényltrichloroéthane, est un puissant insecticide. Ce composé organochloré qui s’accumule dans les graisses s’est cependant révélé cancérigène et fatal pour les oiseaux insectivores, ce qui a conduit à l’interdiction de son utilisation en Europe en 1972.

[2Le malathion est un insecticide neurotoxique.

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