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Crise financière

G 20 : les demi-mesures ne suffiront pas !

Sans mesures plus ambitieuses, la reprise insuflée par le G20, en septembre dernier, pourrait bien nous mener tout droit vers la prochaine crise.

Le cataclysme financier d’octobre 2008 a incité les principales puissances à se réunir au sein du G20 pour apporter des réponses à la crise. Les imposants plans de sauvetage des banques et de relance de l’économie ont permis d’éviter une grande dépression, comme celle des années 1930. Mais la pire erreur serait de croire trop vite à une reprise économique durable et de se limiter à appliquer des « mesurettes » permettant un retour au business as usual. Or, non seulement la reprise annoncée depuis quelques semaines semble buter sur de sérieux obstacles, mais les mesures annoncées par le G20, en septembre dernier, pour stabiliser durablement le système financier international restent insuffisantes.

La reprise, jusqu’à une nouvelle crise ?

La reprise économique, que semblent indiquer une série de statistiques récentes, ne doit pas faire illusion. Sur le plan économique, c’est l’arrêt du déstockage des entreprises et la relance partielle des stocks qui est à la base d’un rebond mécanique, mais le fait de produire de nouveaux stocks ne garantit en rien qu’ils seront consommés à un rythme suffisant pour provoquer une reprise durable. Au contraire, la crise sociale qui arrive seulement à son apogée va immanquablement peser sur la consommation des ménages.
Sur le plan bancaire, les bons résultats enregistrés dès le début du second semestre 2009 proviennent de l’injection massive de liquidités par les gouvernements. Mais les bilans des banques restent plombés par des produits toxiques et des créances douteuses qui rendent aléatoire la reprise du crédit.
Sur le plan commercial, la reprise en Chine et dans l’Asie émergente permet une augmentation des exportations aux Etats-Unis, au Japon et en Allemagne, mais ces pays asiatiques n’ont pas le poids économique suffisant pour tirer seuls l’économie mondiale.
La reprise semble donc loin d’être entérinée, tandis que les déficits publics record réduisent dramatiquement les marges de manoeuvre des gouvernements. Pire, le panorama financier international semble encore plus dangereux qu’avant la crise : le secteur bancaire est encore plus concentré, les déficits publics sont très élevés et les plans de sauvetage peuvent, s’ils ne sont pas agrémentés de régulations adéquates, aggraver le problème de l’aléa moral [1].
En outre, même si la reprise finissait par arriver, cela ne représenterait nullement une fin en soi, car sans régulations financières internationales suffisantes, on voit mal ce qui empêcherait les institutions financières de prendre les mêmes risques qu’hier et de provoquer de nouvelles bulles spéculatives et de nouvelles crises systémiques.

Les demi-mesures du G20

Pour la première fois depuis longtemps, les gouvernements se sont penchés sur des mesures de régulation financière internationale dans une enceinte intégrant des pays du Nord et du Sud. Mais cette avancée significative ne s’est jusqu’ici concrétisée que très partiellement en mesures concrètes.
Or, plus le temps passe, plus la tentation est grande de se limiter à des demi-mesures.
En ce qui concerne les paradis fiscaux, chacun sait que la fin du secret bancaire annoncée par le G20 ne pourra advenir que si on met en œuvre un système multilatéral d’échange automatique d’informations. Le G20 a décidé de tripler les capacités de prêts du Fonds monétaire international et de transférer 5% des quotes-parts des pays européens vers les pays émergents [2], mais il est resté peu loquace sur la réforme des politiques du Fonds.
La régulation des hedge funds n’a guère plus avancé, le G20 se limitant à cibler ceux qui causent un risque systémique, sans en dire davantage sur la manière de les identifier. Quant au dossier symbolique des bonus des traders, si le principe d’un encadrement est acquis, il n’en est rien de leur limitation quantitative. Enfin, la surveillance « prudentielle » des banques, qui devra être effective en 2011, se décide au sein de la Banque des règlements internationaux où plusieurs propositions intéressantes sont sur la table (amélioration du capital des banques, limitation des leviers d’endettement, amélioration du contrôle macroprudentiel, etc.) [3], mais le doute subsiste sur la nature des mesures qui seront finalement adoptées.
En conclusion, les décisions du G20 semblent encore loin du « nouveau Bretton Woods » et de la « refondation du capitalisme » annoncés par certains. Comme le souligne André Orléan : « Il en est ainsi parce que la concurrence financière est toujours perçue par le G20 comme étant le seul principe pertinent sur lequel construire la nouvelle architecture financière mondiale » [4]. Or la concurrence financière provoque des bulles et des crises. Sans mesures plus ambitieuses, la reprise insufflée par le G20 pourrait donc bien nous mener tout droit vers la prochaine crise.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11 11 11

[1Le problème de l’aléa moral survient en matière financière lorsqu’un opérateur financier ne doit pas assumer les risques qu’il prend, lorsqu’il est assuré que quoi qu’il arrive, les pouvoirs publics viendront éponger ses pertes en cas de crise.

[2Le FMI est dirigé par ses Etats membres en fonction de leurs quotes-parts, c’est-à-dire du montant de leur cotisation, ce qui implique que le FMI fonctionne selon un mode de décision censitaire, dont la répartition originelle provient de la période de sa création en 1944, à un moment où les pays du Sud n’avaient pas voix au chapitre.

[3Toutes ces mesures poursuivent un même objectif : s’assurer que les banques aient suffisamment de fonds propres pour couvrir les risques de leurs placements.

[4« Liquidité et fluidité excessives, à la racine de la crise », André Orléan, Le Monde, 28 septembre 2009.

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