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édito


Du Congo belge à la forêt universelle - édito

Le Congo est un grand de demain. A bien y regarder, c’est en effet au Congo, avec ses immenses ressources naturelles (forêts, fleuves, agriculture, minerais), qu’il revient d’être le leader de la révolution écologique en Afrique.

Soyons clairs

Cinquante ans après son indépendance, le Congo ne « s’appartient » toujours pas. Pris à la gorge par une dette extérieure équivalant à sept années de dépenses publiques, économiquement désarticulé par la longue agonie du mobutisme, saigné par dix années de guerre qui ont fait quatre millions de morts, le pays demeure un grand convalescent placé sous la surveillance des pays occidentaux et, depuis peu, des pays émergents, la Chine en tête.
Les profondeurs de ce pays vaste comme 80 fois la Belgique, privées de routes et de réelle administration, restent livrées aux pillages des grandes compagnies qui exploitent en toute illégalité la forêt et sortent des mines clandestines cuivre, diamant, or et coltan. Comme en 1960, le Congo est un pays riche, notamment de son sous-sol, de ses forêts, de ses fleuves, mais privé des dividendes de ses fabuleuses ressources.

Soyons justes

Le Congo de 2010 n’a rien à voir avec celui de 1960. Doutant de son identité à la veille de l’indépendance, le pays est aujourd’hui animé par une véritable conscience nationale.
Le Congo est sorti consolidé du long conflit qui l’avait fait éclater, entre 1997 et 2002, en quatre grandes sécessions et une constellation de territoires dirigés par autant de chefs de guerre autoproclamés. L’unité retrouvée, le Congo s’est attaché à éliminer nombre des scories laissées par Mobutu. Il a remis en ordre ses institutions, avec l’appui de la communauté internationale. La nouvelle constitution de 2006 tire les conclusions des faiblesses de la Première République, parmi lesquelles l’absence de véritable partage du pouvoir à la tête de l’Etat. Ce qui avait tué Patrice Lumumba et engendré 40 ans de chaos. Des élections générales ont ensuite parachevé cette construction, en désignant les mandataires élus. Non, le Congo n’est plus la caricature de ces Etats sauvages qui paralysèrent l’Afrique des années 70. C’est une démocratie balbutiante, souvent maladroite, mais capable de saisir les nombreuses opportunités qui s’offrent à elle.
L’année prochaine, les Congolais retourneront aux urnes, pour un second scrutin qui confirmera la légitimité de la jeune démocratie. Dans la foulée, les premières élections communales constitueront les pouvoirs locaux et lanceront la décentralisation promise depuis cinq ans. A condition de tirer les leçons des expériences précédentes, les hésitations du début devraient céder la place à plus de maturité. Car de vilaines rumeurs ont mis en doute l’impartialité du scrutin de 2006. Dans son empressement à parachever la construction de l’Etat, la communauté internationale avait effectivement précipité l’organisation des élections, sans prendre le temps de convaincre l’opinion congolaise de leur réelle transparence. D’un point de vue pédagogique, les élections de 2011 feront figure de session de rattrapage. Une perche tendue pour réconcilier les Congolais avec leurs élus.

Soyons optimistes

Le Congo conquiert son indépendance chaque jour. Et c’est tant mieux, car ses promesses de développement dépassent largement le cadre de ses frontières. L’Afrique tout entière a intérêt à voir ce pays, situé en son cœur, se pacifier, se consolider et relancer sa machine économique. L’Afrique a faim ? Le Congo est un grenier qui ne demande qu’à exporter ses produits. Faute de pouvoir être acheminées vers les marchés, des moissons pourrissent sur pied dans les vastes provinces Orientale, du Bandundu et d’Equateur. La réouverture des voies routières et fluviales, la sécurisation du pays permettraient la reprise de fructueux échanges avec les pays voisins.
L’Afrique manque d’électricité ? Les barrages déjà existants d’Inga I et II fonctionnent au cinquième seulement de leur potentiel. Leur remise en ordre permettrait de couvrir les besoins énergétiques du Congo et d’offrir un précieux soutien aux efforts industriels des pays d’Afrique australe. A terme, le fleuve Congo, qui longe la frontière nord du pays, offre bien d’autres promesses. Second fleuve après l’Amazonie, le Congo est un gigantesque gisement énergétique représentant à lui seul 13% du potentiel de production hydroélectrique du monde. Un monde, justement, en quête d’énergies renouvelables.
La planète tout entière doit se sentir concernée par l’avenir du Congo. Car ce pays n’est pas seulement un coffre-fort géologique, il représente également un immense espace forestier, abritant la seconde forêt tropicale au monde, après le Brésil. Or cet écrin de biodiversité, riche, selon Greenpeace, de 415 espèces de mammifères, 11.000 espèces de plantes, 1.117 espèces d’oiseaux et plus de 1.000 espèces de poissons, est dévasté par l’exploitation sauvage des compagnies forestières. Entre 2002 et 2008, 15 millions d’hectares de forêt, soit cinq fois la Belgique, ont été illégalement décimés par l’exploitation forestière.
Alors que la lutte contre la déforestation, responsable de 20% des émissions de gaz à effet de serre, est devenue une priorité universelle, il est temps que la planète aide le Congo à organiser une gestion durable de sa forêt, en mettant fin à ces coupes illégales. Certes, un nouveau code planifie l’exploitation forestière depuis huit ans. Certes, un moratoire gèle toute nouvelle exploitation et une révision minutieuse des concessions a annulé l’attribution de 12 millions d’hectares livrés à l’arbitraire des forestiers. Mais aucune de ces dispositions n’est effectivement respectée sur le terrain. Dans la pénombre des forêts, les compagnies forestières poursuivent leurs destructions, indifférentes aux admonestations des trop rares gardes forestiers, que l’administration centrale a de toute façon abandonnés depuis longtemps. Et dans les grands hôtels de Kinshasa, à coups de dessous de table et de dîners arrosés, ces mêmes compagnies continuent à dicter leur loi aux puissants du pays.

Soyons fous

Le Congo doit établir sa souveraineté sur son territoire pour imposer une gestion durable de ses ressources. Faute de quoi sa richesse se transformera en désastre planétaire, quand la seconde forêt tropicale aura disparu et qu’un gigantesque potentiel agricole et énergétique durable aura été négligé. Mais le Congo doit également se déployer au plan international pour se donner les moyens de sa politique. Il est des silences qui s’apparentent à un suicide. Comme le note Bob Kabamba, chercheur à l’Université de Liège : « En décembre dernier, à Copenhague, le Congo était absent à la conférence, alors que le Brésil, son alter ego en matière de forêts tropicales, comptait sur lui pour adopter une position commune ».
C’est aujourd’hui l’Afrique du Sud qui fait avancer le continent en matière de lutte contre la déforestation et de changements climatiques. Or, si l’on considère la réalité écologique africaine, c’est au Congo que doit revenir cette place. Le moment est venu pour lui de s’en emparer !

Jean-François Pollet

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