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Mieux répartir les richesses pour éviter la déflation

Le moment est venu de réorienter le cours de la globalisation vers un système de coopération économique et plus de justice sociale, au Nord comme au Sud. Une perspective aux antipodes de l’agenda conservateur qui nous mène tout droit vers le marasme économique et social. Explications.

La crise financière a révélé les déséquilibres de l’économie mondiale provoqués par la globalisation. Suite au tournant néolibéral des années 1980, les fonds d’investissement ont pris le contrôle des firmes transnationales qui ont fragmenté leurs chaînes de production en vue de réduire les coûts du travail et de doper leur valeur boursière. Au Nord comme au Sud, il en a résulté une explosion des profits financiers et une diminution de la part des salaires dans les richesses produites. Le modèle de croissance mondiale a ainsi reposé sur les exportations des pays émergents à bas salaires vers les marchés occidentaux, où les ménages ont de plus en plus consommé à crédit. Ce modèle a persisté jusqu’à ce que la capacité d’endettement des ménages occidentaux arrive à saturation, ce qui a provoqué la crise immobilière de 2007, la crise bancaire et financière de 2008 et la récession mondiale de 2009.

La moitié des gains de productivité échappe aux salaires

Aujourd’hui, la crise de la dette privée s’est doublée d’une crise de la dette publique : les coûteux plans de sauvetage des banques et la chute des revenus fiscaux provoqués par la récession ont entraîné une explosion de l’endettement des Etats occidentaux. Sous la pression des marchés financiers, les gouvernements mettent progressivement fin aux plans de relance en adoptant des plans d’austérité. Bien que la demande privée reste faible, les Etats adoptent ainsi des programmes de consolidation budgétaire. En d’autres termes, tous les agents économiques tentent simultanément de se désendetter en diminuant leurs dépenses et en augmentant leur épargne. Il en résulte un risque de déflation, c’est-à-dire un cercle vicieux de désendettement où l’excès d’épargne et la faiblesse de la demande provoquent une chute généralisée des prix et de l’activité économique. Un scénario dans lequel est embourbé le Japon depuis deux décennies.
Les pressions déflationnistes proviennent des stratégies d’épargne de tous les agents économiques : les Etats, les ménages et les entreprises. D’une part, les pays en excédent, comme la Chine ou l’Allemagne, préfèrent renforcer leur rôle de principaux exportateurs mondiaux plutôt que relancer la demande mondiale en réorientant leur modèle de développement vers leur marché intérieur, tandis que les pays en déficit n’ont d’autre choix que promouvoir les exportations pour équilibrer leurs comptes. Il en résulte que tous les Etats, qu’ils soient en excédent ou en déficit, mènent des politiques néomercantilistes tournées vers l’exportation. D’autre part, les ménages occidentaux, dont l’endettement a atteint 80 % des revenus dans la zone euro, 120 % aux Etats-Unis et 160 % au Royaume-Uni, doivent faire face à la montée du chômage et augmentent leur épargne au détriment de la consommation, tandis que les taux d’épargne restent très élevés dans les pays émergents et les pays exportateurs de pétrole. Enfin, les entreprises continuent de biaiser le partage de la valeur ajoutée au détriment des salaires, dont la part dans les richesses produites continue de diminuer : au niveau mondial en 2010, la productivité par tête augmente de 3 % et les salaires réels de 1,5 %, ce qui signifie que la moitié des gains de productivité échappe aux salaires, ce qui accroît les profits et l’épargne des entreprises [1].

Augmenter les revenus, au Nord comme du Sud

Eviter la déflation implique de renforcer la demande, donc de mieux répartir les richesses au profit des salariés, au Nord comme au Sud. Avant comme après la crise financière, les firmes transnationales cherchent à doper leurs profits en réduisant la part des salaires dans les richesses produites. Il ne peut qu’en résulter un affaiblissement de la demande et une exacerbation des forces déflationnistes. L’agenda du travail décent et la répartition équitable de la valeur ajoutée entre les revenus du travail et du capital se révèlent dès lors le meilleur antidote contre la déflation. En d’autres termes, la santé de l’économie mondiale nécessite d’augmenter les revenus des citoyens du Nord comme du Sud, donc de réduire les inégalités entre les revenus financiers et ceux des salariés au sein des entreprises.
C’est une perspective intéressante pour mobiliser les forces progressistes internationales et réorienter le cours de la globalisation vers un système de coopération économique et de justice sociale. Une perspective aux antipodes de l’agenda conservateur de régression généralisée qui, aujourd’hui comme hier, nous mène tout droit vers le marasme économique et social.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11 11 11

[1« La déflation est là », P. Artus, Alternatives économiques, n° 294, septembre 2010, p. 18.

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