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Mes petits souliers dans la tronche

Capotage. Benoît XVI aurait donc évoqué, du bout des lèvres, une exceptionnelle autorisation du préservatif. Pour exceptionnellement permettre à un couple catholique marié de maîtriser sa fécondité ?

Pour ne pas retrouver exceptionnellement du sperme de curé entre les jambes d’un enfant de chœur ? Vous n’y êtes pas du tout. Pour permettre à un prostitué mâle et séropositif de ne pas contaminer ses clients. Ce que Benoît XVI appelle « un premier pas vers une sexualité humanisée ». Venant de l’Eglise catholique romaine, un petit pas vers moins de connerie m’aurait suffi.

Catéchèse. Cette intrusion répétée de puceaux séniles dans la sexualité des couples me met littéralement en rage. Car le problème de fond n’est pas le sida. C’est l’interdiction par l’Eglise de toute contraception. Cet interdit qui, au nom de la spiritualité, réduit en fait l’humain à sa pire animalité et condamne les femmes à pondre, chaque année, leur petit chrétien, comme une vache laitière son veau.
Ces ânonnements de Benoît XVI entrent, en outre, en collision frontale avec les milliers de témoignages sur la pédophilie dans l’église. Or, ceux-ci démontrent que, sous sa maladive obsession de la sexualité, de l’abstinence et du célibat, l’Eglise catholique fabrique en fait structurellement de la perversité, de l’hypocrisie et du malheur. Et tout ça, au nom de « Dieu » ! En culpabilisant les victimes et en protégeant les criminels ! A genoux, puceaux séniles ! Si vous n’avez pas le courage de réformer vos dogmes malsains, ayez au moins la décence de vous taire. Avec mes excuses, au passage, aux malheureux catholiques, qui, je le sais, souffrent de cette situation bien plus que moi.

Théologie. Pour évoquer Dieu, certains lèvent les yeux vers les étoiles. Moi, je lis l’évangile de la douve du foie. Cette saloperie parasite le foie des moutons (et parfois des humains). Ses œufs sont évacués dans leurs excréments. Ensuite, il faut de l’eau. Sous une première forme larvaire, la douve colonise un escargot et s’y développe. Enkystée dans le mucus déposé par le gastéropode, elle est avalée par une fourmi qu’elle parasite à son tour. Elle prend enfin le contrôle du cerveau de son hôte jusqu’à ce que l’insecte, somnambule, grimpe sur un brin d’herbe pour attendre l’ovidé qui l’avalera. Et l’histoire recommence. Je voudrais bien qu’on m’explique comment la « sélection naturelle » peut engendrer un cycle de reproduction aussi tordu, complexe et aléatoire ? Bonne nouvelle pour les chrétiens : Dieu existe donc. Mauvaise nouvelle : il est fou, pervers, cruel, paranoïaque, scatologique et farceur.

Saint Nicolas. Le gros barbu avec sa mitre et sa crosse interroge ma pédagogie paternelle (et, on le sait, j’adore les questions idiotes). Comment donner le goût de la vérité à nos enfants alors que nous colportons ces calembredaines stupides sur l’âne, les jouets, la cheminée et les petits souliers ? Quel est le sens de ces imbécillités – auxquelles je participe pourtant de bon cœur ? Le comédien Didier Deneck m’a fait, en riant, cette jolie réponse : « Cela leur apprend que les adultes et les parents peuvent mentir. » Très juste. Et cette leçon vaut bien une carotte !

Plan B comme « bilinguisme ». J’ai assisté, au café de l’Union à Saint-Gilles, à la première et modeste initiative « Tartine & Boterham » [1]. Une douzaine de francophones et de néerlandophones ont regardé ensemble, en version originale sous-titrée, l’émission de la VRT consacrée au « splitsing » de la Belgique. Dans la salle, nous nous sentions pousser des âmes de pionniers. « Nous sommes douze aujourd’hui, nous serons cinq mille demain ». Du Semal dans le texte ! Pendant que, sur l’écran, les partis francophones et néerlandophones discutaient, chacun de leur côté, de la « scission du pays »… sans jamais en parler entre eux. Un grand moment de surréalisme belge ! A part ça, j’ai trouvé l’émission intéressante, mais l’enquête un peu courte. Interroger un « expert » par sujet, comme on consulte un oracle, et présenter sa réponse comme un fait scientifique, me semble plutôt relever de la chiromancie. Ainsi, en cas de renégociation de la dette de la Belgique, a-t-on chiffré le surcoût budgétaire à « 1% ». Deux milliards quatre cent millions d’euros. Gloups ! C’est bien sûr énorme, mais cela me semble pourtant sous-estimé. Regardez ce qui se passe aujourd’hui avec la Grèce et l’Irlande. En cas de crise politique majeure, comment la Belgique pourrait-elle échapper à de tels mouvements bancaires spéculatifs ? Or ces pays ont dû renégocier leurs dettes avec des taux d’intérêt à deux chiffres. Ce qui devrait multiplier par trois ou quatre le montant précité. Avec, en prime, la matraque du FMI dans la tronche et ses politiques d’austérité à la clé (vous voyez, moi, je fais plutôt dans la chiropraxie). Or, comment une économie pourrait-elle prendre son envol si, dès sa naissance, on lui coule les pieds et les bras dans le béton ?

Pour la route. Bart De Wever avait terminé second à l’émission télé « De slimste mens ter wereld  ». Une région qui considère Bart De Wever comme « l’homme le plus intelligent du monde » a quelques raisons de s’inquiéter de ses habitants les plus imbéciles. On parle d’ailleurs trop, je trouve, de Bart De Wever, et pas assez de Berthe de Wavre [2].

Claude Semal
Auteur-compositeur, comédien et écrivain
www.claudesemal.com

[1Groupes de discussion bilingues entre francophones et néerlandophones pour promouvoir le bilinguisme, la rencontre et la citoyenneté. Les premières « tables de discussion » ouvriront prochainement à Bruxelles. Des relais en Flandre et en Wallonie seraient les bienvenus. Contact : claude.semal@gmail.com.

[2Merci à Frank Wuyts pour le calembour. Vous retrouverez maître Frank au piano sur le merveilleux DVD Semal en public, chez Franc’amour / Igloo Records, dans les bacs de tous vos disquaires. Et vous avez jusqu’au 8 janvier pour courir voir Cabaretje au Théâtre des Martyrs (Bruxelles).

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