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Les andouillettes et la radio thorax

Coucou. Le cœur de la démocratie, c’est la souveraineté populaire. C’est le mécanisme fragile par lequel un peuple conscient se choisit, après un libre débat, des règles communes et un destin partagé.

Ce sont ces libertés fondamentales qui ont traversé les siècles à pied, des places antiques aux cités bourgeoises du Moyen Âge, de la révolution de 1789 à la Déclaration des droits de l’homme de 1945, en passant par la Commune de Paris et les grandes luttes pour le suffrage universel. C’est le meilleur de notre histoire commune laissé en héritage aux civilisations à venir. Or, depuis quelques années, l’Europe « austéritaire » [1] ne se construit plus qu’en piétinant, jour après jour, ces valeurs fondatrices.
Le coucou du capitalisme financier a pondu son œuf dans le nid de la démocratie – et tout le pouvoir est, aujourd’hui, entre les mains de ceux qui n’ont de comptes à rendre à personne.

Médaille d’or. Voilà notre économie soumise au diktat d’une troïka que personne n’a vraiment ni choisie, ni élue (le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission de Bruxelles).
Voilà nos gouvernements qui quémandent leur triple A à d’obscures « agences de notation  » américaines – ces « thermomètres  » qui vous flanquent la fièvre en prétendant vous donner la température –, comme une quelconque andouillette à la foire de Brive-la-Gaillarde.
Et voilà le peuple réduit au silence, confiné dans son box de souffrance, enfumé par les médias aux ordres, comme un taureau furieux dont on ne craindrait plus que les humeurs instables et les coups de cornes.
Ah ! Le peuple ! Trop bête, bien sûr, pour solliciter son avis. Mais assez intelligent pour bosser toujours plus en étant payé toujours moins.
« Austérité ! Austérité ! Austérité  ! » répètent en boucle les médias et partis dominants, jusqu’à couler la « règle d’or » budgétaire dans les constitutions.
Folie, folie, folie ! Car chaque cure d’austérité contracte un peu plus l’activité, diminue les recettes de l’Etat, et pousse inexorablement à de nouveaux emprunts, aux taux toujours plus élevés ! Le salaire des travailleurs grecs a ainsi déjà baissé de 20 à 40 %. Ce n’est jamais assez. C’est un cauchemar sans fin. Et voilà la faim qui réapparaît au cœur de l’Europe.

Enfumage. Face à cette crise financière et politique inouïe, on devrait ouvrir le débat, confronter les projets, mobiliser les énergies, organiser des consultations populaires et des référendums. Au lieu de quoi les parlements nationaux ne sont plus convoqués à la va-vite que pour signer nuitamment d’obscurs traités encyclopédiques dont personne n’aura matériellement pu débattre.
Le grand marché transatlantique Europe-USA doit, par exemple, être inauguré en 2015. Vous le saviez ? Personne n’en parle ! C’est l’angle mort de la politique européenne – alors que toutes les réformes en cours visent précisément à rendre nos lois, nos finances et nos marchandises compatibles avec le modèle « étasunien  ». Deux traités doivent être ratifiés dans les semaines qui viennent par tous les parlements européens. Il s’agit du MES (Mécanisme européen de stabilité) et du TSCG (Traité sur la coordination, la stabilité et la gouvernance dans l’Union économique et monétaire). Dès lors, tous les pays devront préalablement soumettre leur budget à la Commission européenne. Le déficit de 3 %, hier « autorisé » mais souvent intenable, sera réduit à 0,5 % – ce qui nous promet l’austérité à perpète et la casse continue des services publics.
En outre, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne disposeront d’un droit de veto (ce qui transforme les autres Européens en citoyens de seconde zone). Pour moi, cela signifiera, de fait, la fin de la démocratie parlementaire et de la souveraineté populaire. Informez-vous, et appelez vos députés à refuser cette forfaiture !

Exclusif. Ce que je pense de « The Voice » ? Rien. Ou plutôt trois choses.
1) Que ce radiocrochet mâtiné de reality show fera connaître quelques nouveaux talents, ce qui est très bien — même si Brassens, Brel et Ferré n’auraient jamais dépassé le stade des éliminatoires.
2) Qu’une chanson, néanmoins, ce n’est ni un combat de gladiateurs, ni la conquête de nouvelles parts de marché.
3) Que la RTBF, qui n’a plus aucune émission de variétés digne de ce nom, a pourtant choisi de concentrer tous ses budgets sur ce machin.
Le résultat, c’est qu’une chanteuse aussi talentueuse que la Belgo-Américaine BJ Scott doit jouer à la singing coach pour montrer sa gueule à la télé. Une autre question ?

Twitter. « Toutes les civilisations ne se valent pas » (dixit Claude Guéant, ministre de l’Intérieur français, début février). C’est exact. La civilisation sarkozyste est particulièrement puante, morbide et nauséabonde. Au musée, vite ! / Nadine Morano (UMP) a attaqué Eva Joly (Les Verts) sur son accent et son physique. Quand on est la supportrice d’un nain néphrétique, il y a des arguments qu’on ne devrait pas utiliser [2]. / La secrétaire d’Etat française à la Santé Nora Berra (UMP) a conseillé aux SDF « de ne pas sortir de chez eux par grand froid ». Un commentaire ? / Alors que Jean-Luc Mélenchon réhabilite le poing levé dans ses meetings bondés, les « communicants » qui entourent François Hollande ont inventé un nouveau signe de reconnaissance  : un double hara-kiri horizontal et virtuel. Je croyais que cela voulait dire « il faut se serrer la ceinture », mais on me dit qu’en langage des signes, cela signifierait « radiographie du thorax ». Avec le cœur à gauche et le portefeuille à droite ?

Claude Semal
Auteur-compositeur, comédien et écrivain
www.claudesemal.com

[1Néologisme construit par le Front de gauche, en France, en fusionnant « austérité » et « autoritaire ».

[2Oui, je sais, ce n’est pas bien de se moquer des petits. Je me fous bien sûr de sa taille, ce sont ses talonnettes qui m’amusent.

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