article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2

Les confits à l’est du Congo

Mettre fin à cette histoire sans fin !

Les gouvernements congolais et rwandais sont incapables de s’accorder en faveur de la paix dans l’est du Congo. Celle-ci ne pourra survenir sans que trois conditions soient réunies : 1) la mise sur pied d’une armée congolaise digne de ce nom ; 2) une véritable lutte contre l’impunité ; 3) une politique de coopération régionale bénéficiant à l’ensemble des pays de la région des Grands Lacs.

En avril 2012, un mouvement rebelle baptisé « M23 » [1], issu de la mutinerie de quelques centaines de soldats et officiers de l’armée congolaise, a provoqué un nouveau conflit dans l’est du Congo, débouchant sur les habituelles scènes de violence et de déplacement des populations locales. Un nouveau conflit qui illustre l’incapacité des gouvernements locaux et de la communauté internationale à garantir la paix et la sécurité dans la région des Grands Lacs.

Le shéma habituel du conflit

Pour la société civile du Nord-Kivu, épicentre des conflits à répétition, c’est la même scène qui se répète inlassablement depuis plus de 15 ans : en 1996, l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) de Laurent-Désiré Kabila, alliée au Rwanda et à l’Ouganda, était partie de l’est du Congo pour faire tomber Mobutu ; en 1998, après que le Rwanda et l’Ouganda eurent rompu avec Kabila père, c’est depuis Goma que le RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie), mouvement rebelle soutenu par le Rwanda, lança une guerre qui dura près de cinq ans ; après l’organisation des élections de 2006 remportées par Joseph Kabila, c’est le CNDP (Congrès national pour la défense du peuple) de Laurent Nkunda, soutenu par le Rwanda, qui menaça le pouvoir de Kinshasa, jusqu’à ce que ce dernier noue un pacte avec le pouvoir rwandais, débouchant sur l’arrestation de Nkunda au Rwanda, sur son remplacement par Bosco Ntaganda à la tête du CNDP et sur les fameux accords du 23 mars 2009, impliquant notamment l’intégration des troupes du CNDP à l’armée congolaise.
Le nouveau conflit déclenché au Nord-Kivu par la mutinerie du M23, dirigée par Bosco Ntaganda – recherché par la CPI – et soutenu par le Rwanda selon un rapport des Nations unies [2], reproduit donc le schéma habituel d’un mouvement rebelle soutenu par le Rwanda, ce qui a provoqué la suspension d’une partie de l’aide de la Suède, de la Grande-Bretagne, des Pays-Bas et des Etats- Unis, malgré les dénégations de Kigali. L’origine de ces conflits à répétition se trouve dans la gestion désastreuse du génocide rwandais, avec le couloir humanitaire de l’Opération Turquoise qui permit à des génocidaires de se réfugier dans l’est du Congo, sous la bienveillance de Mobutu qui monnaya son offre de service. Ce fut ainsi la menace d’ex-génocidaires, rassemblés au sein des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) dans l’est du Congo, qui incita le pouvoir rwandais à s’octroyer un droit d’intervention dans cette région et à soutenir des mouvements rebelles se nourrissant de l’exploitation illégale des ressources naturelles. Ce n’est toutefois plus, dans le cadre du présent conflit, cet argument qui est brandi par Kigali, qui réfute toute accusation de soutien au M23 et rejette la responsabilité sur le gouvernement congolais.

Les conditions de la paix

On ne peut en effet que s’interroger  : l’armée congolaise, forte de plus de 100.000 hommes et épaulée par les 17.000 casques bleus de la MONUSCO, s’avère incapable de contrer une mutinerie de quelques centaines d’hommes qui ont pris le contrôle de Rutshuru, à une vingtaine de kilomètres de Goma, et levé des taxes sur la route allant vers l’Ouganda, sans être inquiétés outre mesure. Cette situation illustre l’échec de la politique de « brassage » des troupes rebelles au sein de l’armée congolaise, dont le salaire mensuel ne dépasse pas 55 dollars – lorsqu’il n’est pas détourné par la hiérarchie militaire –, ainsi que l’incapacité des casques bleus, qui ne disposent pas d’un mandat exécutif leur permettant d’affronter les rebelles de manière proactive, à sécuriser l’est du Congo.
Ceci illustre également l’incapacité des gouvernements congolais et rwandais, et plus largement des gouvernements de la région, à s’accorder en faveur de la paix : la situation évolue de relations conflictuelles à des opérations conjointes dans l’opacité la plus totale – la décision rwandaise de retirer les troupes présentes depuis 2009 dans le Nord-Kivu a ainsi affaibli le président Kabila qui affirmait que ces troupes avaient quitté le territoire congolais depuis l’accord du 23 mars 2009.
En conclusion, ce nouveau conflit dans l’est du Congo est un cuisant échec pour les gouvernements de la région et la communauté internationale, incapables de garantir la paix et la sécurité de populations locales plongées dans la misère. La paix dans l’est du Congo ne pourra survenir sans la mise sur pied d’une armée congolaise digne de ce nom, une véritable lutte contre l’impunité et une politique de coopération régionale bénéficiant à l’ensemble des pays de la région des Grands Lacs.

Par Arnaud Zacharie, secrétaire général du CNCD-11.11.11

[1« M23 » se réfère aux accords du 23 mars 2009 entre le gouvernement congolais et les mouvements rebelles que le mouvement M23 a décrétés non respectés par le gouvernement congolais pour justifier sa mutinerie.

[2Comité des sanctions de l’ONU sur la République démocratique du Congo, Rapport annuel 2012, Nations unies, 2012.

Autre(s) article(s) sur le même thème :

article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2