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Le logement comme anti-crise

Nous sommes de plus en plus nombreux à être mal logés. Le logement constitue pourtant le secteur clé de la société de demain. Comment assurer l’accès à un habitat salubre, décent et moins gourmand en énergie – voire même écologique – pour le plus grand nombre ? « Nous avons deux bombes au-dessus de nos têtes. L’une est le changement climatique, l’autre l’accroissement du fossé entre les classes sociales. Et le logement est au cœur de ces deux problématiques », dit André De Herde, professeur à l’UCL, responsable de la recherche « Architecture et climat ». Agir sur l’habitat peut donc avoir un effet très important, aussi bien au niveau social qu’environnemental. Dans tous les domaines, construction, rénovation, accès au logement, il y a des actions à entreprendre, des mesures prises et d’autres à soutenir.

Rénovation et construction
Pour une écologie de l’habitat

Pour ceux qui ont un logement, encore faut-il qu’il soit de qualité, peu énergivore et le plus sain possible. Les politiques du logement qui incitent à rénover et construire des bâtiments (très) bien isolés vont évidemment dans ce sens. Les choses progressent.

La situation actuelle n’est pas des meilleures, c’est une évidence. Notre bâti en forme de passoire énergétique se renouvelle peu (la construction neuve progresse au rythme de 1,8 % de logements par an en Wallonie)… Il faut donc agir à la fois sur la construction et sur la rénovation.

Séduire

Il est fondamental tout d’abord de convaincre de la nécessité et de l’intérêt d’investir dans sa maison ou son appartement. « Il faut un changement de culture, remarque Antoine Crahay, directeur de cabinet adjoint chez Evelyne Huytebroek, ministre bruxelloise de l’Environnement, de l’Energie et de la Rénovation urbaine. Mais on y est bien arrivé avec le double vitrage ! Aujourd’hui, isoler sa façade arrière devient la norme. »
Ainsi, petit à petit, les références changent. « Si auparavant les étudiants m’écoutaient poliment lors du cours de rénovation, ils sont à présent attentifs et posent des questions de qualité, témoigne Jean-Marie Hauglustaine, architecte, professeur à l’ULg, responsable de l’unité de recherche Energy-Sud (Energy & Sustainable Development). Devenir architecte, c’est aussi se préoccuper d’énergie. » Et si l’important constructeur T.Palm annonçait, en 2005, que sa clientèle « s’en fichait », il vend maintenant des maisons basse énergie, passives et même zéro énergie.

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Astuces, pistes et bonnes idées
Construire au prix juste

L’accessibilité financière au logement peut aussi être une question de choix, de changements de perspectives. Voici quelques pistes tracées avec nos interlocuteurs.

Habiter autrement

  • Occuper les pièces différemment selon les saisons. « Nous pouvons très bien nous concentrer dans une pièce et une salle de bains en hiver, remarque André De Herde, et attendre le printemps pour utiliser les autres espaces. »
  • Habiter à plusieurs, en mutualisant certains espaces tels que buanderie, atelier, chambre d’amis, salle de jeux, salle polyvalente, est évidemment une solution aussi [1].
  • Penser des pièces dont l’usage changera avec le temps, en fonction des âges. Des promoteurs proposent ainsi aujourd’hui des appartements avec deux entrées, la seconde donnant sur une chambre avec salle de bains pouvant accueillir fille au pair, adolescent ou parents âgés au fil de la vie.
  • Travailler sur la multiplicité des utilisations : un hall de nuit devient aussi une salle de jeu et un bureau. « Il faut favoriser différents usages pour faire accepter des logements plus petits, remarque Matthieu Delatte, les Belges sont très attachés et habitués aux grands espaces. »

Utiliser le préfabriqué

« Même pour une pièce unique, la préfabrication permet de limiter les coûts, estime Bernard Deprez. En atelier, la qualité peut être constante, le temps consacré à sa réalisation connu : on échappe en effet aux intempéries !
« La préfabrication de structures en bois est aujourd’hui réalisable presque sans intervention humaine, observe l’entrepreneur Claude Rener. Les plans sont entrés dans un logiciel qui détermine les coupes à faire. Notre projet d’habitat groupé Biplan a ainsi été découpé en 48 heures et monté sur place en trois semaines. Les coûts sont ainsi diminués et globalement plus justes. »

Choisir une localisation moins chère

Les bons terrains ne sont pas uniquement des terrains en pente orientés vers le sud. « Un architecte compétent peut aussi réaliser un immeuble ou une maison très agréable ailleurs », commente Jean-Marie Hauglustaine.

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Accès au logement
Trouver son toit

L’accession à la propriété devient de plus en plus difficile, avec les prix qui s’envolent. Quant aux loyers, eux, ils ne cessent de grimper. Et le parc de logements sociaux est très largement insuffisant, avec 30.000 demandes insatisfaites en Wallonie, 40.000 à Bruxelles. Entre construction et contrôle des loyers, les pistes sont nombreuses.

Pour agir sur l’accès au logement, la première condition est évidemment… d’avoir des logements. Or, que ce soit en Wallonie ou à Bruxelles, les parcs résidentiels publics sont trop pauvres. La politique de construction reste donc de mise.

Un parc public à reconstruire

Dans la capitale, la Région lançait en 2004 le plan « 5.000 logements » (publics). Presque la moitié d’entre eux sont aujourd’hui sur le marché, dont un tiers ne sont pas sociaux. Pression est faite sur les communes, qui « doivent atteindre 15 % d’offre publique pour 2020, signale-t-on au cabinet du secrétaire d’Etat en charge du logement, Christos Doulkeridis. La moyenne actuelle est de 10,5 % (chiffre 2009), mais les disparités sont gigantesques : 2,5 % à Ixelles contre 22 % à Bruxelles par exemple ! » La mixité sociale va trop souvent dans un seul sens : des « riches » qui s’installent dans les quartiers « pauvres » (lire ci-contre), mais pas l’inverse !

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Community Land Trust
Diviser la propriété pour mieux habiter

Si être propriétaire devient difficile, pourquoi ne pas changer la propriété ? En séparant celle du sol et celle du bâti, les Community Land Trusts apportent une réponse pleine de promesses.

Ce soir-là, dans une petite salle du 22 de la rue Vandenpeereboom, à Molenbeek, se serrent une trentaine de personnes. Au programme : du rêve ! Ces personnes sont en effet là pour imaginer leur futur logement… Driss est venu avec une belle maquette en carton, réalisée avec ses enfants : un duplex, avec un salon pour les invités – « je pourrai réaliser un mur, qui ne monte pas jusqu’au plafond, avec une arcade » –, quatre chambres – « avec une pour ma mère qui vit chez nous six mois par an » –, une salle à manger avec une cuisine américaine… Certains n’ont pas eu le temps de réfléchir, ne savent pas, d’autres préfèrent une cuisine fermée ou un appartement de plain pied. Violetta piétine à l’avant, impatiente de montrer le collage réalisé par ses enfants : une grande maison avec un jardin sur le toit, quatre chambres, une cuisine bien lumineuse, un barbecue à côté…

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[1Voir notre dossier « Habiter groupés », Imagine, n° 89, janvier-février 2012.

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