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Du chiffonnier au recycleur, le Sud valorise ses déchets

Le temps des chiffonniers escaladant, du Caire jusqu’à Manille, des montagnes fumantes d’ordures à la recherche de petits objets de récupération, ce temps-là est en train de prendre fin. Les pays du Sud, même les plus pauvres, apprennent à gérer leurs déchets. Certaines communes du Sud sont appuyées par des organisations belges dans cette tâche délicate, devenue indispensable depuis que le consumérisme a gagné la planète entière.

Selon la Banque mondiale, trois milliards de citadins génèrent aujourd’hui 1,3 milliard de tonnes de déchets par an. D’ici dix ans, le chiffre devrait augmenter de 70 %, passant à 2,2 milliards de tonnes, suite à l’explosion conjuguée des villes et de la consommation. « La mondialisation a intensifié les échanges et fait entrer massivement de nouveaux produits, ainsi que leurs emballages, au Sud, constate Myriam Kresse d’Ingénieurs sans frontières, une organisation belge engagée dans le recyclage des déchets. Aujourd’hui, beaucoup de villes du Sud débordent de nouveaux déchets dont elles ne savent que faire. L’incinération, la solution classique, est coûteuse, hors de leur portée, il faut donc privilégier le tri et le recyclage. C’est pour cela qu’elles font appel à des organisations qui ont déjà une expérience dans ce domaine. »

Changer les rapports sociaux

En Belgique, deux ONG aident des municipalités du Sud à gérer leurs déchets. Ces organisations, aux profils très différents, illustrent les deux facettes du recyclage qui combine un travail procurant de l’emploi à une main-d’œuvre peu qualifiée et des innovations techniques qui contribueront à transformer des déchets en matériaux et produits recyclés.
L’organisation liégeoise Autre Terre, émanation du groupe Terre, est coutumière du travail social. Elle intervient au Brésil, au Pérou, au Sénégal et au Burkina Faso. Pour elle, le travail de tri et de recyclage est d’abord subordonné à un sérieux changement des mentalités. « On ne peut valoriser des déchets trop dégradés ou amalgamés entre eux, souligne David Gabriel, chargé des projets Amérique latine de l’ONG, il faut que tout le monde participe et que le tri s’organise en amont, dans les foyers. Nous sensibilisons donc les familles à l’intérêt environnemental du recyclage. C’est un gros travail, car la gestion des déchets reste très mal vue au Sud, où elle est réservée à une frange particulièrement marginalisée de la population. » De plus, les meilleurs gisements, les poubelles remplies de matériaux à haute plus-value, se situent dans les quartiers riches où vivent des personnes de la bonne société peu disposées à entendre parler de leurs poubelles et encore moins à collaborer avec le petit peuple. « Il faut donc changer les rapports sociaux, poursuit David Gabriel, donner une dignité aux trieurs, qui ne sont plus des chiffonniers vivant sur des décharges, mais des travailleurs installés sur des sites dédiés, et convaincre tout le monde de l’importance de leur travail. Car le tri n’est pas seulement une source d’emplois et de matières premières, il rend également l’immense service écologique de diminuer la pollution engendrée par les décharges. »

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