article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2

Pascal Picq, anthropologue

« J’en ai assez des talibans du progrès,
hostiles à la nature »

« Il y a, dans notre monde, un courant scientifique, philosophique et théologique hostile à la nature. C’est un véritable extrémisme. J’en ai assez de ces talibans qui nous imposent leur vérité dans la presse, dans les universités. Ils s’en foutent complètement des générations futures. »

Anthropologue évolutionniste, Pascal Picq sera l’un des participants à la prochaine Journée Emergences. Rencontre.

Si vous l’appelez sur son téléphone et qu’il est absent, c’est le cri d’un chimpanzé qui vous répond. Ce qui déclenche immédiatement un sourire chez l’appelant, une réaction de confiance, de bonne humeur aussi.

C’est bien un chimpanzé sur votre répondeur ?
Oui, et il vous dit bonjour. C’est un salut, un cri social de contact que les chimpanzés poussent quand ils se rencontrent et qu’ils sont contents.

La plupart ont une vision fausse de l’évolution

Vous êtes paléoanthropologue au Collège de France, et votre dernier ouvrage s’intitule De Darwin à Lévi-Strauss. L’homme et la diversité en danger [1]. A priori, on ne vous attend pas sur ce terrain-là, qui est plutôt celui des biologistes ou des climatologues, par exemple. En quoi le regard d’une personne qui a pour spécialité d’étudier les premiers stades de l’évolution humaine s’avère-t-il particulièrement intéressant pour analyser la situation de crise dans laquelle l’humanité se trouve aujourd’hui ?
Il faut savoir que la plupart des personnes ont une vision de l’évolution qui est complètement fausse, qui leur a toujours été enseignée et qu’elles aiment entendre. Comme s’il y avait une loi sous-jacente dans l’histoire de la Terre qui aboutissait au triomphe de l’Homme. En fait cette espèce de théologie anthropocentrique est complètement aberrante.
Il est nécessaire de bien comprendre que l’évolution est en réalité celle des communautés écologiques. Et il y a donc un grand décalage entre les discours anthropocentriques, souvent centrés sur l’homme blanc, et la réalité de ce qu’a été l’évolution, commencée en Afrique pour s’étendre ensuite à l’échelle de la planète.
L’homme a toujours coévolué avec ce qui l’entoure. Ce travail de recherche est au cœur de la paléoanthropologie. D’ailleurs la première personne qui a parlé de la sixième extinction, dans laquelle nous sommes dramatiquement plongés aujourd’hui, c’est Richard Leakey, qui est anthropologue. Ensuite il y a eu Yves Coppens et puis moi. On ne peut pas étudier l’homme en dehors de l’évolution de son environnement à la fois physique, biologique et social. Ce sujet est donc tout à fait au cœur de nos préoccupations, sauf pour une tradition philosophique surtout française qui, avec Descartes, croit que l’homme, grâce à ses techniques et sa culture, s’est affranchi de la nature. On sait ce que nous coûtent aujourd’hui ce genre de propos complètement stupides du rapport de l’homme à la nature. Il faudra d’ailleurs que l’on fasse un jour le procès d’une certaine philosophie, qui parle du triomphe et de la libération de l’homme par rapport à la nature.

(...)

[1Odile Jacob, 2014.

article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2