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édito


Blanchiment vert


En 2006, dans un rapport sous-titré « En route vers l’avenir, assumons nos responsabilités  », le groupe Volkswagen déclarait haut et fort : « Nous aspirons à contribuer à la mobilité du futur, la rendant responsable, compatible avec l’environnement et bénéfique pour chacun. » Une profession de foi soutenue par son grand patron, Martin Winterkorn, vantant les mérites d’une entreprise « éthique et responsable », soucieuse « d’aligner rigoureusement [ses] actions sur les principes du développement durable » et de produire des voitures « avec un bon rendement énergétique et peu polluantes » [1].
Près de dix ans plus tard, le Volkswagengate nous prouve que tout cela n’était que mensonge.
Il est désormais admis que le constructeur allemand a sciemment contourné la législation. Qu’il a trompé les contrôleurs américains sur les niveaux d’émissions polluantes de ses véhicules diesel. Qu’il a équipé au moins 11 millions de voitures d’un logiciel espion. Que deux de ses modèles (Jetta et Passat) émettent des gaz d’échappement qui sont jusqu’à 35 fois supérieurs aux normes en vigueur. Et que ce système frauduleux perdure depuis 2009.
Se focaliser sur la seule « voiture du peuple » serait évidemment une erreur. Car derrière cette fraude gigantesque se nichent bien d’autres turpitudes.

1. Comme d’autres entreprises, VW entend se donner une image écologique responsable, soucieuse du bien commun. Cet épisode nous démontre que la multinationale pratique aussi le greenwashing (« blanchiment vert »). Une communication fallacieuse, à base de slogans abusifs et de promesses mensongères, qui surfe sur la vague du « bon pour l’environnement » et tire profit de l’état désastreux de la planète avec un seul objectif : engranger un maximum de gains.

2. Les géants automobiles rivalisent de créativité pour produire des voitures « propres » et « durables », non pas par idéal ou conviction, mais pour conquérir de nouveaux marchés une fois les ressources pétrolières épuisées. D’ici là, à coups de millions de dollars, ils pratiquent un lobbying inouï pour freiner les autorités publiques dans l’établissement de normes contraignantes. Des normes qui les forcent à adapter leurs moteurs, à investir dans l’équipement et à revoir leurs marges bénéficiaires à la baisse. Ce que leurs actionnaires n’apprécient que moyennement.

3. En économie, la notion de confiance est capitale [2]. Sans elle, il n’y pas d’échanges possibles. Le consommateur doit avoir confiance dans le produit qu’il achète, dans l’entreprise qui le vend, dans sa capacité à respecter les normes et les règlements, etc.
Ici, comme dans bien d’autres scandales (les centrales nucléaires prétendument « infaillibles », la vache folle, les produits bancaires toxiques…), il y a eu tromperie sur la marchandise. Une fois de plus, ce même marché nous montre combien il peut être cynique, amoral et peu soucieux de santé publique.

4. Ce scandale est la preuve magistrale que l’autocontrôle ne suffit pas. Si VW a été forcé de tomber le masque, c’est grâce à la vigilance d’une ONG américaine [3] et à l’appui d’un scientifique obstiné qui ont décidé de tester les émissions de certains de ses véhicules. Mais ce travail de veille réalisé par la société civile a ses limites. Plus que jamais, c’est à l’Etat, à la puissance publique, d’exercer, en toute indépendance, cette indispensable mission de contrôle.
A la veille du Sommet de Paris, cette nouvelle affaire de « blanchiment vert » est une salutaire piqûre de rappel. Car derrière l’urgence climatique, il y a la réalité des chiffres : le transport routier est responsable d’au moins 18 % de la production mondiale de CO2, les villes étouffent sous le smog, la pollution atmosphérique tue, selon l’OMS, environ 350 000 personnes par an en Europe, etc. Avec un marché automobile européen qui continue à tourner à plein régime (+ 9,8 % en septembre dernier) et qui, à la lumière de cette lamentable affaire VW, pourrait largement décrocher le prix Pinocchio du climat [4]. pour l’ensemble de son œuvre.

hugues.dorzee@imagine-magazine.com

[1www.volkwagen.de, Rapport de développement durable 2007-2008.

[2Lire Economie de la confiance, Eloi Laurent, La Découverte, 2012.

[3L ’International Council for Clean Transportation (ICCT), financé par la ClimateWorks Foundation.

[4Ce prix créé par les Amis de la Terre est remis aux entreprises qui « violent les droits de l’homme et polluent l’environnement »www.prix-pinocchio.org

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