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Prendre le temps


LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Bruxelles, morne plaine

Une ville comme Daech les aime : sans cinémas ni concerts, sans écoles ni universités, sans fêtes ni réunions – avec plein de militaires dans les rues.
Un million d’habitants cloîtrés chez eux pendant quatre jours, avec les photos de leur chat et leur ordinateur.
Comme j’eusse aimé, en ces heures sombres, pouvoir faire confiance à ceux qui nous gouvernent, et à ceux qui devraient nous protéger !
J’ai essayé. Je n’y arrive pas.
La capitale de l’Europe entièrement bloquée… pour une seule inculpation ?
Une vingtaine de perquisitions… sans saisie d’armes de guerre ni d’explosifs ?
Et les principaux suspects qui courent toujours [1] !
Ce barnum policier, aussi spectaculaire que stérile, a eu un précédent historique : l’opération « Mammouth » (1984).
Pour « répondre » aux attentats des CCC, les services de police avaient, à l’époque, procédé à une centaine de perquisitions dans les milieux écolos, syndicaux, libertaires et communistes. Chez Olivier Deleuze… mais pas chez Pierre Carette !
Et la presse, qui devait avoir ses ronds de serviette à la Sûreté, avait servilement applaudi.
De Jean Gol à Charles Michel, notons une certaine filiation idéologique.

*

Pour cela, le gouvernement s’est caché derrière les « experts  » de l’OCAM, un organisme soi-disant « indépendant », mais qu’il avait lui-même nommé [2].
Comme si les kamikazes, au niveau 3 ou 4 d’alerte, respectaient nos subtiles frontières linguistiques, et ne pouvaient se faire sauter, dix kilomètres plus loin, en Wallonie ou en Flandre.
Comme si les djihadistes n’étaient pas actifs à Anvers et Verviers, comme à Molenbeek !
Pour ma part, je ne minimise donc pas le danger terroriste.
Ces centaines de djihadistes européens, qui ont fait l’aller-retour entre la Syrie et leur pays d’origine, sont une bombe à retardement au centre de l’Europe.
Comme je ne sous-estime pas le poids du fondamentalisme religieux dans certaines communes.
« Allah n’aime pas que tu joues de la batterie ! »
Quand j’entends un jeune imam, crétin barbu venu à pied du Moyen Âge, interdire la musique à un groupe d’enfants de huit ans, cela m’arrache le cœur.
Jusqu’où pourra-t-on, au nom de la liberté de religion, sacrifier le « vivre-ensemble » et la paix civile ?

*

Ces dernières années, les pays occidentaux se sont régulièrement lancés, avec une extrême légèreté, dans des guerres post-coloniales en Irak, en Libye et en Syrie. Sous des prétextes « humanitaires », bien sûr.
Mais avec des champs de bataille qui coïncident toujours étrangement avec les champs de pétrole [3].
Même les courants traditionnellement « pacifistes », comme les écologistes, la gauche chrétienne et la gauche socialiste, ont donc fini par soutenir ces interventions militaires – fût-ce du bout des lèvres.
Nous en payons aujourd’hui le prix du sang.
Car qui peut prétendre vivre en paix dans un monde en guerre ?
Qui peut prétendre bombarder d’autres pays, sans jamais mettre sa propre population civile en danger ?
Si Daech doit être militairement défait, il existe aujourd’hui d’autres moyens pour le combattre utilement.
En asséchant sa rente pétrolière, en coupant ses sources de financement, en saisissant ses avoirs bancaires.
En renforçant les courants humanistes et laïques dans le monde arabo-musulman.
En n’abandonnant plus les quartiers aux religieux et les mosquées aux intégristes.
Et surtout, à long terme, en sortant des énergies fossiles.
Pour que le pétrole, ce maudit « or noir », ne soit plus la clé de la guerre et de la paix dans le monde.

www.claudesemal.com

[1A la date du 15 décembre 2015.

[2On découvrit, au passage, qu’il était privé de directeur depuis le mois de septembre. Très rassurant.

[3Les massacres de population autour des Grands Lacs, par exemple, tout le monde s’en tamponne. On n’a jamais fait voler un F16 pour cela.

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