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édito


Un Printemps arctique

Et si l’exemple à suivre se nichait du côté de la Terre de glace ? Oui, en Islande, dans ce minuscule Etat insulaire coincé entre le Groenland et la Norvège où vivent 323 000 âmes – moins de la moitié de l’agglomération liégeoise ! Une petite République qui, en ces temps démocratiques houleux de ce côté-ci de l’Europe, nous donne, à sa manière, une fameuse leçon de politique (au sens noble du terme).
Avant la crise financière de 2008, l’Islande figurait au rang des pays dotés d’un indice de développement humain (IDH) parmi les plus élevés au monde. Avec un taux de chômage plancher (moins de 2 % !), un système de soins de santé universel et ultraperformant, une espérance de vie de 82 ans, un niveau de criminalité quasi nul, une gestion durable de ses ressources (70 % de son électricité est produite à partir d’énergies vertes) et, par-dessus tout, une culture basée sur un très grand civisme (« La Nation est construite sur la loi », affirme la devise de l’Etat islandais).
En 2008, l’Islande a pourtant connu la débâcle : ce pays, qui avait construit progressivement l’essentiel de son économie sur des services financiers et bancaires, est confronté à la plus grande faillite de son histoire. Les Islandais refusent alors en bloc d’éponger les dettes des banques. Ils descendent massivement dans la rue pendant plusieurs mois et font entendre « la voix du peuple ». Une révolution dite « des casseroles », qui débouche sur la chute du gouvernement et la démission du directeur de la Banque centrale, et plus inédit encore, sur un projet de réforme de sa Constitution confié à un échantillon de citoyens.
Certes, ce processus démocratique totalement innovant n’a pas abouti pour cause de récupération politicienne, mais après quelques années difficiles, l’Islande est sortie du marasme financier, renouant avec la croissance et un taux de chômage très bas.
Jusqu’en avril dernier, quand éclate le scandale des « Panama Papers », révélant au grand jour que certains chefs d’Etat (notamment) ont eu recours à des montages de sociétés afin de dissimuler leurs avoirs dans des paradis fiscaux. Parmi eux figure le Premier ministre islandais. Se sentant trahi et humilié, le peuple de Reykjavik s’insurge à nouveau et obtient sa démission au cours d’un « Printemps arctique » qui n’en est qu’à ses débuts.

Soudés et déterminés

La morale de cette (réjouissante) histoire venue du Nord nous rappelle quatre choses :

  • La domination du système financier qui n’a tiré aucune leçon de la crise de 2008 et dicte plus que jamais sa loi au monde, n’est ni éternelle ni insurmontable.
  • Le peuple est souverain et légitime. A tout moment de son histoire, et en dehors de tout processus électoral, il est en droit d’exprimer avec vigueur son opposition. Peu importe sa taille, si ce peuple est soudé et déterminé, il peut s’affranchir de n’importe quel pouvoir en place.
  • En marge de ces deux révolutions tranquilles, les Islandais ont rappelé au monde qu’il ne peut y avoir de politique sans éthique ni sens profond de l’intérêt commun. Deux vertus démocratiques fondamentales qui semblent, hélas !, tellement éloignées de certaines pratiques en vigueur dans notre bonne vieille Europe.
  • Avec d’un côté des lanceurs d’alerte opiniâtres et de l’autre une presse offensive, les élites politiques et financières n’ont qu’à bien se tenir. Conjugué au poids de la rue, ce contre-pouvoir constitue une puissante force d’avenir.
    Certes, l’Islande n’est pas le paradis. Mais les Islandais, par leur conscience citoyenne, leur détermination et leur refus de subir les diktats du monde de la finance démontrent qu’à 320 000 seulement, ils sont en mesure de renverser le cours de l’Histoire au nom d’un idéal de bonheur partagé.

hugues.dorzee@imagine-magazine.com

Illustration : Julie Graux

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