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Prendre le temps


LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

L’ogre
et la danseuse

Selon le baromètre politique RTL / Le Soir du 19 mai dernier, la « personnalité politique préférée » des Wallons et des Bruxellois resterait… Maggie De Block, la ministre Open-VLD de la Santé. Je ne connais pourtant personne, autour de moi, qui partage cette curieuse admiration. Et pour cause.
Pourquoi la Wallonie, francophone et majoritairement progressiste, choisirait-elle pour modèle politique une ministre libérale et flamande dans un gouvernement dominé par la N-VA ?
Si le sondage Ipsos est exact, la Fédération Wallonie-Bruxelles est donc assez proche du coma idéologique profond. Sortez la pompe à oxygène et le défibrillateur ! Ou alors, brûlez tous les sondeurs d’opinion.
Autre indice paradoxal (mais logique) : Charles Michel, le Premier ministre francophone, aurait deux fois plus d’opinions favorables en Flandre (58 %) qu’en Wallonie (28 %). Par ailleurs, le même sondage annonce une percée spectaculaire du PTB qui, avec 13,5 % des voix, deviendrait le troisième parti de Wallonie.
Et cela, malgré une relative stabilité du PS et d’Ecolo.
Pour la première fois depuis très longtemps, les manifestations syndicales trouveront ainsi peut-être un débouché politique dans les urnes.
Etienne de La Boétie (1530-1565), qui n’a pas eu la chance de connaître The Voice, écrivait à dix-huit ans dans son Discours sur la servitude volontaire : « Pourquoi tant d’hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations, endurent quelque fois un tyran seul, qui n’a de puissance que celle qu’ils lui donnent ? » Une bonne question, et qui reste d’actualité.

* * *

La nomination d’Annie Bozzini, la nouvelle directrice de Charleroi / Danses, a provoqué de vives polémiques dans certains milieux culturels.
Cette Française, qui a dirigé pendant 20 ans le Centre de recherche chorégraphique de Toulouse, vient en effet d’être parachutée à la tête d’une institution qui pèse 55 % du budget de la danse en Fédération Wallonie-Bruxelles.
Du lourd, du costaud.
Dans une région culturellement sous-développée, qui importe plus de 90 % de ses biens culturels, la priorité des priorités devrait être de développer les outils de création et de diffusion de nos chorégraphes et danseurs. Ce qui implique une pleine prise en compte de cet enjeu, et une bonne connaissance de ce milieu. Or les liens d’Annie Bozzini avec la scène chorégraphique belge francophone restent très ténus.
Dans ses premières déclarations publiques, elle a évoqué la résidence d’une « pointure » française aux Ecuries, et une programmation internationale rivalisant avec celle du Singel à Anvers.
Ce qui ne mange pas de pain. Enfin si, justement.
Car quels budgets, pour faire cela ? Que deviendront les chorégraphes belges jusquelà associé(e)s à cette grosse institution ?
Et que deviendront tous les autres – trop « petits » aujourd’hui pour être sur la photo ?
Comme lors de la nomination de Jan Fabre au Festival d’Athènes, dont il fut promptement chassé au bout de 48 heures, le fossé semble s’approfondir entre ces grands commis culturels, qui voyagent de capitale en capitale avec des salaires de hauts fonctionnaires, et la grande masse des artistes et techniciens du spectacle, qui peinent à se salarier plus de quelques semaines par an.
Les uns pratiquent une culture de prestige, « hors sol », internationale et interchangeable, qui réjouira les ministres, les esthètes et les sponsors.
Les autres tentent de nouer les deux bouts, toujours en mode « survie », en enracinant leurs pratiques artistiques et leurs publics dans des lieux et dans des territoires.
Ce n’est pas nécessairement contradictoire.
Mais cela le devient quand tous les budgets culturels se réduisent.
Il faut alors opérer des choix. La nomination d’Annie Bozzini, en soi, en est un.

* * *

Tout, dans la vie, sépare sans doute Maggie De Block et Annie Bozzini.
Mais ces deux femmes dessinent ainsi, en creux, le portrait d’une région qui semble aujourd’hui incapable de puiser dans ses propres forces vives, ses rêves, ses équipes et ses projets [1].

www.claudesemal.com

[1La nomination de Fabrice Murgia (33 ans) à la tête du Théâtre national, parmi d’autres « bons candidats », contredit peut-être cette conclusion. Mais nous sommes ici à Bruxelles ;-)

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