article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2

édito


Merci Mister Trump !

Et si l’annonce faite le 1er juin dernier par le 45e président des Etats-Unis d’Amérique de retirer son pays de l’Accord climatique de Paris était finalement une bonne nouvelle pour la planète ? La question, en apparence iconoclaste, vaut la peine d’être posée au lendemain de cette annonce aussi ahurissante que prévisible.
Donald Trump est un climatosceptique avéré. Il ne « croit pas à l’origine humaine du changement climatique » et, avec tout le sens de la nuance qu’on lui connaît, parle même d’une « rumeur  » inventée par la Chine.
S’appuyant sur un slogan protectionniste et nombriliste («  L’Amérique d’abord »), à la solde de l’industrie du pétrole et du charbon, il a toujours clamé haut et fort qu’une fois élu, il remettrait en cause ce traité, jugé « trop coûteux » et signé par son prédécesseur, Barack Obama, après 4 années d’âpres négociations internationales.
Son pays est le deuxième plus gros émetteur de gaz à effet de serre de la planète après la Chine. Il pollue de façon éhontée et toujours plus (+ 3,5 % de tonnes équivalent CO2 en 25 ans). Et l’objectif de Paris (maintenir le réchauffement en dessous des 2° C), même s’il est historique, reste largement insuffisant pour faire face aux perspectives catastrophistes (fonte des glaces, élévation du niveau de la mer, intensification des catastrophes naturelles…).
Mais Donald Trump s’en contrefiche. Sûr de lui, opiniâtre, au service de ses seuls intérêts privés, des puissants lobbys qui ont financé sa campagne, et des électeurs de cette Amérique industrielle et précarisée à qui il a promis la lune, il garde le cap. Non sans avoir mis le feu jusque dans son propre parti, Les Républicains, où l’on tente de minimiser ses «  erreurs », en décrivant un président «  naïf, maladroit et novice en politique ».

Un électrochoc salutaire

Le 1er juin, la planète a encaissé, ébahie, cette décision associée à l’image d’une Amérique impérialiste, égoïste et destructrice. Celle que l’on redoute et réprouve, quand elle s’affiche comme toute-puissante, cynique, manichéenne.
Mais très vite, plutôt que plonger le monde dans la déprime totale, l’annonce de Trump a eu l’effet inverse, celui d’un électrochoc salutaire. Avec une mobilisation immédiate et générale, en droite ligne de la célèbre phrase de l’ex-secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon : « Il n’y a pas de plan B, car il n’y a pas de planète B. »
Les grands patrons (Apple, Disney, Tesla, Goldman Sachs…), désormais soucieux de soigner leur image et de ne pas manquer le grand marché de l’économie verte, ont immédiatement dénoncé cette décision. Le milliardaire et ex-maire de New York Michael Bloomberg a décidé de verser 15 millions de dollars au bureau de l’ONU chargé du climat, soit l’équivalent de la contribution des Etats-Unis. Et, dans tout le pays, des villes, des élus et une grande partie de la société civile américaine ont clamé haut et fort qu’ils continueraient coûte que coûte à s’engager en faveur du climat.
De son côté, la Chine a embrayé le pas, entre marketing et géostratégie.
L’Europe, par la voix d’Angela Merkel, a décidé de « prendre en main [son] destin ».
Quant au président Macron, tout juste élu – et après une campagne où l’écologie a été totalement absente des radars –, il a lancé une contre-offensive médiatique en invitant via une plateforme web [1], les chercheurs, les ONG et les entreprises à venir investir en France pour lutter contre le réchauffement climatique. Avant de promettre un ambitieux plan d’investissement dans la transition énergétique.
Aussi, après ce retrait aussi insensé qu’irresponsable, Trump est parvenu, à son insu, à remettre le réchauffement climatique au centre du jeu politique et économique. Comme si le fait que l’Amérique, deuxième pollueur de la planète, se désiste aussi brutalement, entraînait une sorte d’état d’urgence à agir.
Encore plus vite.
Derrière cette réjouissante mobilisation, il y a, ne nous leurrons pas, des alliances financières de circonstance, des voix opportunistes et des pays donneurs de leçon – la Belgique, notamment, qui a encore tant à faire pour atteindre ses objectifs. Mais peu importe, la transition est en marche : thank you, Mister Trump, la planète vous dit merci.

hugues.dorzee@imagine-magazine.com

Photo : John W

Autre(s) article(s) sur le même thème :

article-numero-niveau-2
article-numero-niveau-2