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édito


Nucléaire :
pour un débat public !


Julie Graux

A la veille de l’été, l’information a donné lieu à quelques maigres échos dans la presse belge. Un étrange silence médiatique face à un événement pourtant peu banal : le dimanche 25 juin dernier, plus de 50 000 citoyens ont formé ensemble une gigantesque chaîne humaine de 90 kilomètres de Tihange à Aix-la-Chapelle, en passant par Liège et Maastricht.
De manière symbolique et joyeuse, ces « enchaînés  » venus d’horizons divers – de nombreux jeunes, des militants de la première heure, des familles, mais aussi beaucoup de nouveaux engagés – ont dénoncé, main dans la main, l’état inquiétant du parc nucléaire belge, exigé la fermeture immédiate des réacteurs fissurés de Tihange 2 et Doel 3, et réclamé une autre politique énergétique, plus verte, plus durable et socialement plus juste.
50 000 personnes dans la rue, ce n’est pas rien ! A fortiori autour de thèmes en apparence si peu mobilisateurs : la santé, la sécurité publique et l’avenir des générations futures.
Au-delà de l’indéniable succès de foule, cette chaîne est le signe d’une certaine indignation collective que nos dirigeants seraient bien inspirés de prendre en compte, à quelques mois de grandes échéances électorales.
Car l’énergie atomique est une question éminemment politique – entendu au sens étymologique du terme : « qui concerne le citoyen ». Une question qui ne fait pourtant l’objet d’aucun débat public digne de ce nom.
En 2003, le gouvernement arc-en-ciel (socialistes, libéraux, écologistes) avait voté une loi sur la sortie progressive du nucléaire. En 2013, l’exécutif Di Rupo (socialistes, sociaux-chrétiens, libéraux) a décidé de prolonger de dix ans les centrales les plus anciennes.
Et en dehors des sessions feutrées du Parlement et des avis très peu rassurants des instances officielles de contrôle, les citoyens sont totalement exclus de cette réflexion d’un intérêt public pourtant majeur.
Pendant ce temps, « nucléaire » rime avec opacité, désinformation, lobbying caché, risques insensés et bénéfices plantureux… Car, au final, de quoi parle-t-on ? D’une énergie dangereuse et périlleuse : faut-il rappeler ici la liste interminable et les dégâts irrémédiables des « accidents » survenus dans l’histoire, de Three Mile Island à Fukushima, en passant par Tchernobyl ? D’une industrie vieillissante et extrêmement coûteuse. D’une accumulation de déchets hautement radioactifs qui seront enfouis et laissés en héritage aux générations à venir. Et, enfin, d’une politique énergétique sans lendemain qui, contrairement à ce qu’affirment ses défenseurs, n’est pas la panacée – en 2014, 437 réacteurs nucléaires répartis dans trente pays, fournissaient à peine… 10 % de l’électricité produite dans le monde.

Référendum ou G1000
On parle beaucoup de « bonne gouvernance  » et de « démocratie participative » ces temps-ci. S’il est un sujet sur lequel les Belges devraient être consultés, c’est bien le nucléaire ! La Suisse l’a fait le 21 mai dernier et cette votation s’est soldée par un vote massif (58 %) contre l’énergie atomique et en faveur des énergies renouvelables. Et en Belgique ? A quand un référendum, un G1000 ou des Assises du nucléaire ?
Nos centrales sont en fin de vie et personne à ce jour ne peut affirmer avec certitude qu’un accident majeur ne surviendra pas Nucléaire : pour un débat public ! dans les réacteurs fissurés de Tihange 2 et Doel 3. Aucune place ne peut être donc laissée au hasard : le principe de précaution s’impose, purement et simplement.
Néanmoins, sortir du nucléaire ne s’improvise pas. La fin de vie programmée de nos réacteurs, c’est 2025, en théorie. Autant dire demain. La politique actuelle qui consiste, en gros, à refiler le dossier aux gouvernements suivants est lâche et irresponsable. Le démantèlement prendra des années et la mise en place d’une véritable transition énergétique doit se construire dès aujourd’hui. Avec une vision claire, de l’audace et du courage politique. A l’instar de nos voisins allemands.
Car des alternatives existent, bien évidemment. Avec des processus industriels éprouvés et en plein développement. L’éolien, notamment, au large de la mer du Nord. Mais aussi la biomasse, le solaire, l’hydroélectrique… un mix énergétique durable, performant et porteur de milliers d’emplois.
Enfin, on sait que la meilleure énergie produite reste celle qui n’est pas… consommée ! D’où l’obligation, de mener en parallèle des politiques moins énergivores au niveau de nos industries (25 % de la consommation), de nos transports (21 %) et de nos modes de vie quotidiens (18 %).
Le nucléaire, on le voit, est bien une question politique. Et au-delà du sentiment de peur, légitime, d’une catastrophe irréversible et de tous ses aspects mortifères, il cache un enjeu démocratique de premier plan.

hugues.dorzee@imagine-magazine.com

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