article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3

Prendre le temps


Grand entretien

Cynthia Fleury :
« Le ressentiment est notre pire ennemi »

C’est l’une des étoiles montantes de la vie intellectuelle française. Cynthia Fleury développe une pensée très originale, exigeante, au carrefour de la philosophie politique, de l’écologie et de la psychanalyse. Elle dénonce avec virulence « l’ignorance des gouvernants », tout en encourageant les citoyens à ne jamais céder au découragement.

Ses journées totalisent-elles vingt-quatre heures, comme celles de tout être humain ? Ou Cynthia Fleury a-t-elle trouvé le moyen de dilater le temps, de ralentir l’écoulement du sablier ? On en viendrait à se poser la question tant son agenda empile au quotidien une diversité vertigineuse d’activités. Professeure à l’American University of Paris, enseignante à Sciences-Po, titulaire de la chaire de philosophie à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu, la jeune quadragénaire est par ailleurs psychanalyste – elle consulte chaque après-midi. Cynthia Fleury est aussi une femme de terrain, engagée à gauche, investie dans plusieurs initiatives sociales et écologiques. Ce qui ne l’empêche pas de s’imposer, à intervalles réguliers, le retranchement du monde indispensable à l’écriture. Auteure de plusieurs essais exigeants, dont le style peut parfois apparaître un brin opaque, elle a développé une pensée originale pétrie de nuance, qui ne cède jamais rien à la facilité. Voici cinq ans, elle publiait La fin du courage, un appel au réveil dans une démocratie « congelée ». Aujourd’hui, à travers son dernier livre, Les irremplaçables, elle souhaite attester de la valeur et de l’unicité de tout être humain, contre une société marchande qui brime et qui broie.

Dans les premières pages de votre essai La fin du courage, vous confiez : « J’ai perdu le courage comme on égare ses lunettes. » Mais, à peine quelques lignes plus loin, vous écrivez : « Il n’y a pas de découragement. Le courage est là, comme le ciel, à portée de main. » Avez-vous voulu mettre en évidence toute l’ambivalence de cette notion, comme s’il était aussi simple de perdre courage que de reprendre courage ?
On peut effectivement perdre le courage sans théoriser cette perte. Il arrive que le découragement s’installe petit à petit, de façon quasi imperceptible, par des négociations perpétuelles avec le théâtre de la vie et ses obligations. Comme un lent travail d’érosion, qui passe par des formes successives de capitulation. S’il était brusque, le découragement serait repéré. Mais généralement, on ne s’en rend pas compte, on a au contraire l’impression d’endurer, de tenir, et non pas petit à petit de plier un genou devant le découragement. Après, je dirais que prendre conscience qu’on fait face au découragement, c’est déjà en soi une quasi ressaisie. Le courage, comme dit le philosophe Vladimir Jankélévitch (1903-1985), c’est aussi une décision. Théoriser sa disparition, cela revient déjà à mettre un pied dans la décision de le reconquérir. Très souvent, on le vit en clinique avec les patients. On reçoit des personnes qui sont découragées, mais pourtant déjà dans la volonté de sortir de ce découragement, même si elles n’ont pas encore retrouvé le courage. Puis, il y a les cas plus dangereux où il existe un découragement si profond que l’idée même d’en sortir s’est égarée.

Vous aimez citer Jankélévitch, qui évoque à propos du courage « le seuil inaugural de la décision ». « Les courageux sont des commençants  », ajoute-t-il par ailleurs. L’acte courageux s’apparenterait-il à la déclaration d’amour ? Ce qui importe, c’est de franchir le pas ?
Certaines personnes accèdent au courage sans le théoriser, simplement par l’agir. L’individu agit, et a posteriori, a le sentiment d’avoir été sujet. Jankélévitch nomme cela le « cogito du courage ». Autrement dit : de l’action courageuse naît le sujet, et non l’inverse. Cela peut être une toute petite chose, un acte minuscule. Une petite obligation de faire quelque chose, chez certaines personnes, cela suffit à (...)

=> Lire l’intégralité de cet entretien dans notre magazine.

article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3


Souvenirs
sélectifs et triés

Le tri sélectif des déchets n’est pas tombé de la dernière pluie acide ou de la dernière (...)

Lire la suite

Raed Jazbeh :
la paix au bout
de l’archet

Depuis qu’il a quitté la Syrie pour se réfugier en Allemagne, Raed Jazbeh n’a (...)

Lire la suite

La Compagnie
Paulette Godart,
la voix des femmes

Depuis 2014, la Compagnie Paulette Godart développe un travail théâtral original à mi-chemin (...)

Lire la suite