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LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Les fantômes de 68


D.R.

Il y a quelque chose dʼabsurde et de réjouissant à voir Mai 68 aujourdʼhui célébré par les pouvoirs et institutions que les soixante-huitards précisément vomissaient. La société du spectacle nʼa pas fini dʼépuiser ses infinies ressources. Certes, la Sorbonne occupée eut sa réplique à lʼULB : quand Paris éternue, Bruxelles se mouche.
Mais lʼannée 1968, dans les universités belges, ce fut dʼabord le « Leuven Vlaams ! » et le « Walen Buiten ! » des étudiants flamands, qui déboucha sur lʼexpulsion des étudiants francophones de Louvain, et la création, trois ans plus tard, dʼune nouvelle ville wallonne entièrement vouée aux études et à la guindaille : Louvain-la-Neuve.
Mai 68, en France, ce fut autre chose.
La foudroyante rencontre entre une révolte étudiante (le 3 mai), une jacquerie paysanne (le 8 mai) et une mobilisation ouvrière (le 13 mai) qui, partie comme un feu de brousse, paralysa tout le pays en huit jours, sans que les syndicats eux-mêmes nʼaient jamais lancé un tel appel à la grève générale.
Avec ses dix millions de grévistes, mai-juin 68 fut pourtant le plus grand mouvement social de lʼaprès-guerre.
Les Accords de Grenelle (25-26-27 mai), dʼabord rejetés par la base ouvrière, actent une augmentation de 35 % du salaire minimum, la création de sections syndicales dans les entreprises, et une augmentation des salaires de 10 % (que lʼinflation réduisit malheureusement à néant en quelques mois).
Durant la folle journée du 29 mai, lʼEtat gaulliste lui-même semble vaciller. De Gaulle disparaît. Même Pompidou, son Premier ministre, ignore où il se trouve.
En fait, de Gaulle sʼest réfugié avec sa famille à Baden-Baden, en Allemagne, auprès du Général Massu, ce qui évoque irrésistiblement la « fuite à Varennes » de Louis XVI après la révolution française de 1789.
Ce jour-là, la CGT et le PCF occupent massivement la rue et réclament « un gouvernement populaire ».
Le lendemain, pourtant, de Gaulle est de retour à Paris.
Le 30 mai, dans un discours à la radio, il dénonce le danger « dʼune dictature communiste totalitaire », dissout lʼAssemblée nationale, et annonce des élections législatives pour la fin du mois de juin. Les gaullistes, qui se sont fait très peur, envahissent aussitôt en foule les Champs-Elysées. Un mois plus tard, ils triomphent en raflant les trois quarts des sièges. Drôles de gagnants, et drôles de perdants.
Les gauchistes, qui ont dénoncé les « élections pièges à cons », semblent légitimement incarner la révolte de Mai. Mais la Gauche Prolétarienne, leur principale structuration, sʼauto-dissout cinq ans plus tard.
Les communistes, qui craignent encore plus les gauchistes que les gaullistes, ont poussé à la reprise du travail.
La gauche est sèchement battue en juin, mais lʼunion entre le PCF et les socialistes prépare la victoire de Mitterrand en 1981. Elle préfigure aussi la disparition du PCF comme parti révolutionnaire de masse.
Quant à de Gaulle lui-même, il perdra lʼannée suivant son référendum sur les régions et le Sénat. Fidèle à sa conception plébiscitaire du pouvoir, il démissionne dans la foulée.
Aussi, plutôt quʼun héritage strictement politique, ce qui nous reste de Mai 68, ce sont ces mouvements qui continuent à travailler la société — le féminisme, lʼécologie — et une remise en cause rhizomique de toutes ses institutions.

Cours, camarade, cours

Le capitalisme que les soixante-huitards avaient combattu était encore familial et industriel.
Le capitalisme mondial sʼest depuis vertigineusement financiarisé.
On pouvait négocier avec monsieur Peugeot, qui avait besoin de « ses » ouvriers. Mais comment combat-on un fonds de pension, ou une bulle financière qui a deux mille fois la taille de lʼéconomie réelle ?
Plus que jamais, il faudra mettre « lʼimagination au pouvoir ». Les affiches de Mai 68 sʼarrachent à présent dans les salles de vente. Elles nʼétaient jamais signées, puisque « je » était « nous ». Aujourdʼhui, les tagueurs nʼécrivent souvent plus que leur nom sur les murs.
« Nous » est devenu « je ».
Comment continuer à mettre en commun la beauté et les richesses du monde ? Comment contribuer à démocratiser la société  ? Comment donner du sens à nos vies et à notre travail ?
Cela reste lʼenjeu de bien de nos combats actuels.
Cours, camarade, cours. Le vieux monde est toujours derrière toi. Et la beauté est dans la rue.

« 68 Circus » de Claude Semal, François Sikivie, Guillaume Istace et Charlie Degotte.
Au Théâtre de Poche à Bruxelles, du 11 mai au 16 juin. (Voir p. 79).
Réservation : 02 649 17 27.

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