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Prendre le temps


LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

La liberté sous presse

La liberté de la presse est, à juste titre, considérée comme un des piliers de la démocratie. Et la censure politique est, partout et toujours, un des plus sûrs marqueurs des régimes autoritaires et des dictatures.
Encore faut-il, pour que cette liberté en reste une, garantir parallèlement la pluralité de la presse, des antennes et des opinions.
Car dans cette « société spectaculaire marchande », dont on vient de célébrer la mise au pilori en Mai 68, les médias sont aussi un des piliers du pouvoir.
Qui contrôle les images et ses commentaires contrôle l’opinion.
Qui contrôle l’opinion peut faire et défaire les majorités.
Voire même, créer et imposer de toutes pièces ses propres créatures politiques.

Quand la radio et la télévision étaient encore un monopole d’état, il y eut en France, de 1958 à 1969, un Ministère de l’Information (qui s’appelait Ministère de la Propagande sous Léon Blum).
L’ORTF, c’était la voix du gouvernement.
La voix de son maître.
Après la grève de l’antenne en 1968, De Gaulle fit licencier 110 journalistes. 274 autres furent licenciés après la victoire de Giscard d’Estaing en 1974.
On imagine l’ambiance dans les rédactions du service public.
La pluralité et la liberté éditoriales sont-elles aujourd’hui mieux garanties depuis que le capital a remplacé l’état et les entrepreneurs de presse dans les médias ?
Poser la question, c’est y répondre. Encore faut-il la poser.
Le récent décès de Serge Dassault, milliardaire, marchand d’armes (le Rafale), patron de presse (Le Figaro) et sénateur (UMP), vient de rappeler les rapports incestueux entre le pouvoir politique, les médias et le CAC 40.
Neuf autres milliardaires sont propriétaires avec lui de la quasi totalité des médias français : Bernard Arnault, François Pinault, Patrick Drahi, Vincent Bolloré, Martin Bouygues, Xavier Niel, Marie-Odile Amaury, Arnaud Lagardère et Pierre Bergé.

Parmi eux, la deuxième, la cinquième, la septième, la neuvième, la dixième et la onzième fortune de France.
Ce tir groupé a d’inévitables conséquences éditoriales.
Qui, parmi eux, irait soutenir Mélenchon, les Verts ou réclamer une taxation du grand capital ? Même pas dans tes rêves. Et c’est parce que cette situation fait système que certains peuvent aujourd’hui parler d’un « parti médiatique ».

Car ces très riches, qui doivent tout au capitalisme et à l’héritage, encouragent évidemment le système économique qui les sert et les hommes politiques qui les avantagent.
Personne n’a oublié Sarkozy en tongs et en Ray-Ban fêtant sa victoire sur le yacht de Bolloré.
Du moins Sarkozy était-il aussi le candidat d’un parti politique. Avec l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, on entre dans une autre dimension.
Voilà un OVNI qui, n’ayant jamais sollicité le vote d’un électeur, sans appareil politique derrière lui, passe directement de la banque d’affaires Rothschild à l’Elysée, après seulement quelques mois de couvade dans le gouvernement Hollande !

L’explication de ce miracle ?
Avoir tous les médias derrière lui.
Les milliardaires avaient choisi leur poulain et le fournissaient en avoine.
Il n’était pas encore candidat qu’il faisait déjà la couverture de tous les magazines. Des dizaines de couvertures, chaque semaine, dans l’Obs, L’Express, Le Point, Paris-Match... Un véritable tsunami médiatique ! Aujourd’hui encore, malgré les 308 députés godillots de « La République en Marche », Macron n’a pas un militant sur les marchés pour défendre la casse du code du travail ou la privatisation de la SNCF.
Pourquoi en aurait-il besoin ?
Il a une armée d’éditocrates qui tartinent tous les matins sur les « nécessaires réformes » et « le courage du gouvernement ».
Bien sûr, toutes ces belles plumes jureront la main sur le cœur qu’elles n’écrivent librement qu’en leur âme et conscience.
C’est le hasard, et lui seul, qui les rend si serviles face aux intérêts de leur maître, et si cruels face aux grévistes et à l’opposition.
Dans son Discours de la Servitude Volontaire, La Boétie se demandait déjà, en 1548, comment le tyran, qui est par définition si seul, pouvait imposer son pouvoir à la multitude.
S’il avait pu lire la presse française, en 2018, il aurait reçu la réponse.

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