article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3

Prendre le temps


Grand entretien

François Gemenne : « Ouvrir les frontières serait plus rationnel, plus juste et plus sûr »

Politologue, enseignant à l’ULiège et à Sciences Po Paris, François Gemenne est une voix dissonante en matière de politique migratoire. Dans cette Europe repliée, en guerre contre « les migrants », il prône un retour au cosmopolitisme et replace le débat dans le cadre des urgences climatiques. Rencontre avec un intellectuel hétérodoxe et engagé.

Le matin, il est à Paris (où il vit en grande partie), le soir à Londres (pour un colloque universitaire) et deux jours plus tard à Suva, la capitale des îles Fidji (pour une mission sur le climat et la sécurité dans le Pacifique commanditée par le ministère français de la défense) : François Gemenne propose donc de se fixer rendez-vous au cœur de l’été au salon Thalys de Bruxelles-Midi. Un agenda overbooké à l’image de la carrière atypique et pressée de ce jeune politologue de 37 ans, spécialiste des migrations et des changements climatiques, qui évolue désormais un pied à Sciences Po Paris (où il est très proche du philosophe Bruno Latour), l’autre à l’ULiège (où il a notamment cofondé l’Observatoire Hugo dédié aux migrations environnementales).

Son champ de recherche ? « Un mélange de chance, de coïncidences et d’affinités, sourit François Gemenne. En 2001, j’obtenais une bourse à l’Université de New York pour travailler sur le multiculturalisme et les migrations. A cette même période, la Belgique recrutait des stagiaires attachés à sa Représentation aux Nations unies. Un jour, je me retrouve coincé dans un ascenseur avec l’ambassadeur de Tuvalu qui venait de rejoindre l’ONU. Il me parle de son pays, de la hausse des niveaux des mers, des réfugiés climatiques. A l’époque, on traitait peu de ces questions. Ensuite survient le 11-Septembre. Etant sur place, je décide d’orienter mon mémoire sur les sentiments patriotiques des minorités ethniques à New York après les attentats. »

De retour en Belgique, il rejoint le parti Ecolo, porté par son succès électoral historique. Pendant deux ans il sera en charge des relations internationales et de la démocratie locale au cabinet du ministre José Daras, vice-président du gouvernement wallon. Avant de renouer avec l’Alma Malter – un DEA en sciences de l’environnement à l’UCL, une thèse de doctorat et une carrière académique devant lui. Et de suivre de près les travaux du Giec, de conseiller le candidat socialiste à la présidentielle française Benoît Hamon, de côtoyer la directrice de la Fondation européenne pour le climat Laurence Tubiana…

Dans un milieu relativement feutré et quelquefois conformiste, voire franchement conservateur, François Gemenne dénote. Par son style (un mélange d’assurance et d’ego assumé), ses idées à contrecourant (notamment sur l’ouverture des frontières aux migrants) et une grande liberté de parole (sa sortie sur Publifin qualifié de « système de nature mafieuse » a fait couler beaucoup d’encre).

Un statut de chercheur en sciences sociales « à la marge » qu’il revendique aisément : « Je ne crois pas que les chercheurs aient un devoir de réserve. Nous avons une responsabilité pour expliquer, décoder, mettre en perspective, mais aussi alimenter, voire orienter le débat public sur les enjeux fondamentaux. » Rencontre avec un esprit agité et entreprenant.

En cette époque dite de « post-vérité » où les faits avérés ont moins d’influence sur la formation de l’opinion que l’appel aux émotions et aux croyances personnelles, comment se sent le scientifique ?
Très inquiet. On sait depuis longtemps qu’un mensonge simple est toujours plus facile à faire passer qu’une vérité compliquée. Mais aujourd’hui, on a le sentiment que les faits, les chiffres ou la science n’ont plus aucune prise sur le débat public. Chacun peut partager partout son opinion, son expérience, et l’ériger en vérité absolue. C’est à celui qui crie le plus fort sur les réseaux sociaux. Il n’y a plus de place pour un débat nuancé, contradictoire. On ne parvient plus à entendre réellement l’autre, à faire une place aux voix dissonantes, à accepter la pluralité des points de vue. Plus que jamais, il me semble que les chercheurs doivent prendre la parole ouvertement, sans se cacher.

C’est particulièrement le cas dans votre domaine, les migrations.
Clairement. Le débat sur les politiques migratoires est entièrement kidnappé par les populistes et les démagogues de tous bords. Ils fixent l’agenda et le cadre, imposent leur lexique et font circuler avec une redoutable efficacité leurs concepts et leurs théories fumeuses.
« L’appel d’air de migrants », « l’invasion », « l’envahissement »… Il y a peu, ce vocabulaire était réservé à l’extrême droite. Désormais, il est totalement entré dans la sphère publique.
Il y a neuf mois, dans le Journal du Dimanche, le ministre français de l’Intérieur, Gérard Collomb, parlait de « trier les migrants  ». De gauche à droite, ce fut le tollé général. Aujourd’hui, (...)

=> Lire l’intégralité de ce grand entretien dans notre magazine.

Photo : Eric Coquelin

article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3
article-numero-niveau-3


Coup de torchon

Le silence a duré deux secondes, ce qui en 2018 est une éternité. Le journaliste venait de (...)

Lire la suite

Grande vacance

La prépension avant la lettre. La paix des braves. L’éternelle troisième mi-temps. Ô (...)

Lire la suite

Raphaële Lannadère,
fille de l’eau

Après des débuts tonitruants, la chanteuse Raphaële Lannadère – alias « L » – (...)

Lire la suite