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Prendre le temps


LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Hommage
à la Catalogne

Dans la mémoire des peuples, les 11 septembre sont facilement géolocalisables.
Pour les Chiliens et les autres pays latino-américains, c’est, depuis 1973, le triste anniversaire du coup d’Etat de Pinochet.
Pour les gringos et la plupart des pays occidentaux, c’est, depuis 2001, la sinistre date de l’attaque d’Al-Qaïda contre les tours jumelles du World Trade Center.
Mais pour les Catalans, c’est la Diada, le jour de la fête nationale, qui rappelle la prise de Barcelone par le Roi Felipe V en 1714.
Ce maudit jour où l’Espagne a suspendu l’autonomie de la Catalogne.
Ce mardi 11 septembre 2018, ils étaient encore plus d’un million, sur les six kilomètres du boulevard Diagonal, à Barcelone, à réclamer l’indépendance de leur région.
Cette ferveur populaire n&#8217 annonce pourtant pas nécessairement une victoire du camp indépendantiste.
Il lui faudra d’abord convaincre « les autres » : cette moitié de pays qui préfère l’actuel statu quo ou qui clame son attachement historique à l’Espagne.
La situation est d’autant plus délicate que l’Etat espagnol a clairement privilégié l’affrontement au dialogue, en criminalisant le projet indépendantiste lui-même et toutes les organisations sociales et politiques qui le portent.
Il a donc dissout le gouvernement catalan démocratiquement élu.
L’ex-président catalan et les autres ministres indépendantistes sont tous, depuis un an, en exil ou en prison.
Ils risquent de lourdes condamnations pour avoir organisé un référendum jugé « illégal » par les Espagnols et pour avoir proclamé unilatéralement l’indépendance de leur région.
Plus d’un millier d’autres cadres du mouvement catalan sont, pour le même motif, toujours inculpés par la justice espagnole – dont sept-cents maires catalans démocratiquement élus.
La répression touche également la société civile.
Le rappeur Valtonyc vient, par exemple, d’écoper de… trois ans et demi de prison ferme ( ! ) pour avoir, dans une chanson, traité le roi d’Espagne de voleur. Il s’est depuis réfugié en Belgique. L’Espagne, qui réclamait son extradition, vient d’être triplement déboutée par un tribunal belge.
Tout se passe comme si, après quarante ans de transition démocratique, l’Etat espagnol avait brusquement retrouvé les vieux réflexes autoritaires du franquisme.
Or quand les éditorialistes belges s’inquiètent du déficit démocratique en Europe, ils montrent souvent du doigt la Hongrie, la Pologne ou le néo-facho ministre de l’intérieur italien.
Que leur faut-il de plus pour qu’ils s’inquiètent aussi de la situation en Catalogne ?
Car quoi qu’on pense de la revendication indépendantiste, de sa légitimité politique et de sa pertinence tactique, la Catalogne, avec sa langue et son histoire, a aujourd’hui toutes les caractéristiques d’un Etat-Nation en devenir.
Autant, sinon plus, que les Croates, les Serbes, les Tchèques ou les Slovaques, que l’Europe a récemment reconnus en son sein comme de « nouvelles » nations.
Au nom de quoi refuserions-nous donc aux Catalans un droit à l’autodétermination que nous reconnaissons aux Sahraouis, aux Kurdes, aux Inuits… et aux Flamands ?
Si l’ex-président catalan Puigdemont, réfugié en Belgique, a bénéficié chez nous du soutien de la N-VA (un parti… indépendantiste), le mouvement catalan, généralement progressiste et ouvert, n’a strictement rien à voir avec les petites vidéos racistes de Théo Franken ou les milices fachoïdes de Schield en Vriend .
Sur les ramblas, la ligne de front ne passe donc pas entre d’éclairés démocrates espagnols et d’obtus nationalistes catalans.
Elle oppose le nationalisme espagnol à un peuple catalan dont les aspirations à l’autonomie, à la démocratie, à la culture et à la liberté ne se sont jamais démenties depuis un siècle.
C’est sur cette pétaudière catalane que Manuel Valls, l’ancien Premier ministre français, en ménage avec une héritière locale, vient de couler son petit bronze en se présentant à la mairie de Barcelone.
Contre les indépendantistes, contre la gauche populaire, mais avec le soutien de la droite hispanique locale.
Quelle belle trajectoire européenne !
Après avoir liquidé la gauche française, voilà un nouveau défi à sa mesure.
Face à la solidarité champagne de la jet set financière, il nous faudra donc vite construire la solidarité frites et tapas des peuples.

Dessin : Julie Graux

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