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Prendre le temps


LE PAYS PETIT
La chronique de Claude Semal, auteur-compositeur, comédien et écrivain

Jaunes devant,
bruns derrière ?


Thierry Ehrmann

« Cela devient difficile d’être de gauche, surtout quand on n’est pas de droite » (Guy Bedos).
Qu’ai-je déjà lu et entendu, sur le mouvement des « gilets jaunes » en France !
Ces pue-la-sueur, jaunes devant, bruns derrière !
Ces antisémites, bouffeurs de quenelles, qui asphyxient les ours polaires avec leurs gitanes sans filtre et leurs vieux moteurs diesel !
Ces émeutiers du samedi qui, au mépris de la couche d’ozone, brûlent des pneus entre deux barbecues pour six malheureux cents par litre !
Ces raz-la-casquette, incapables de comprendre la beauté d’une taxe « écologique » sur les énergies carbonées !
Sauf que. Les taxes sur la consommation (TVA, accises) sont par essence (ha ! ha !) les plus injustes, car elles pénalisent d’abord les plus pauvres. Ceux dont la totalité des revenus passent dans la consommation. Souvent didactiques, elles ambitionnent de nous faire la leçon (comme l’augmentation « vertueuse » des accises sur le tabac devait nous inciter à arrêter de fumer).
Et donc, paf ! sur le diesel. Pour « encourager d’autres choix » (même si l’on a fait exactement le contraire depuis cinquante ans) [1].
Mais quand l’Etat français ferme toujours plus de lignes de trains et de bus… quand il faut aller toujours plus loin pour trouver un travail, une école, un bureau de poste, une administration… quand les salaires et les allocations sont bloqués, que l’on peine à payer les factures… quand il faut faire huit kilomètres pour acheter un pain et trente-cinq kilomètres pour trouver un service d’urgence,… quelle possibilité a-t-on de se priver de sa vieille bagnole ?
Aucune. Et encore moins d’en acheter une neuve. On se serre la ceinture et on raque.
Le mouvement des gilets jaunes apparaît ainsi comme un puissant révélateur des disparités territoriales et sociales en France. Il exprime l’insurrection larvée de la France des banlieues, des campagnes et des travailleurs pauvres.
Macron, c’est Marie-Antoinette (version pain sec versus brioche).
Peuple : « Sire, je peine à payer mon plein de gazole ».
Macron : « Traverse la rue, manant, et va-t’en quérir une nouvelle carriole ! ».
Dans leur grande majorité, ces centaines de milliers de gilets jaunes, mobilisés spontanément sur les réseaux sociaux, n’ont rien à voir avec les fachos.
Mais comme l’extrême-droite a, ici et là, infiltré ou initié plusieurs barrages, une partie de la gauche estime urgent de se boucher le nez et de rester au balcon.
Ne serait-ce pourtant pas faire un cadeau inespéré au Front national, que de lui abandonner l’expression politique d’un tel mouvement revendicatif ?
Macron avait auguré son règne en supprimant l’ISF (l’impôt sur la fortune).
Selon Challenges, le patrimoine des cinq cents premières fortunes de France avait pourtant été multiplié par sept en vingt ans. Perte fiscale pour l’Etat français ? Plus de trois milliards d’euros.
Gain fiscal espéré pour la nouvelle surtaxe à la pompe ? … Trois milliards d’euros.
Cette surtaxe n’a donc rien à voir avec la transition écologique. C’est un nouveau transfert de fonds, à l’intérieur du budget de l’Etat, entre les plus riches et les plus pauvres.
Oui, la transition écologique est urgente et vitale. Oui, elle nécessitera un profond bouleversement de nos modes de production, de distribution et de consommation.
Mais elle implique aussi de vraies stratégies de rupture avec le système productiviste, avec le capital financier, et avec les gouvernements qui les incarnent. Cette rupture, les gilets jaunes, en France, peuvent aujourd’hui en être un des ferments.
A condition que les gilets rouges (syndicaux) et verts (écologistes) ne les abandonnent pas sur la bande d’arrêt d’urgence des autoroutes, à côté de leurs vieilles bagnoles en panne, avec les quatre warning allumés.
C’est à ce prix que l’on pourra enfin, selon la jolie formule de Nicolas Hulot, « concilier les problèmes de fin du monde avec les problèmes de fin de mois ».

[1En 2003, l’excellente émission de vulgarisation scientifique C’est pas sorcier (France 3) présentait encore le moteur diesel comme étant « le plus propre ».

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