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Entretien

Russell Banks :
« Il est difficile de ne pas se laisser consumer par le cynisme et la rage »

Le grand écrivain Russell Banks a su donner une voix à tous les largués du rêve américain. Citoyen non ordinaire de la première puissance mondiale, il porte sur celle-ci un regard contrasté, empreint d’humanité pour ses habitants, de férocité pour ses dirigeants. Sa vie sous le règne nihiliste de Trump ? « Cela éveille en moi une vision tragique. Et c’est de cette façon tragique que la littérature que j’aime le plus envisage l’humanité. », confie à Imagine celui qui sera l’invité d’honneur du Passa Porta Festival, fin mars prochain.


Cyrille Choupas

Peu d’écrivains peuvent se targuer d’avoir accompli une oeuvre qui dépasse la somme de leurs livres, une oeuvre dont les effets se font sentir auprès d’un très large public, bien au-delà des férus de littérature. Plus qu’un auteur, Russell Banks est une conscience, celle de l’Amérique subalterne.

Auteur de douze romans, tous traduits en français aux éditions Actes Sud, ce fils de la working class s’est attaché à décrire les conditions de vie des malmenés, des ignorés, des méprisés, des délaissés, des déclassés, des accablés. S’il est parvenu à faire de ceux et celles-là des héros de papier crédibles, c’est peut-être parce qu’il a lui-même beaucoup vécu : des boulots misérables exercés à la pelle avant de dédier sa vie à l’écriture, quatre mariages, des déménagements à tire-larigot qui l’ont mené au nord, au sud, à l’est et à l’ouest des Etats-Unis, des bouteilles whisky à n’en plus compter… Voilà qui pétrit un homme et qui prépare une voix.

Russell Banks sera l’un des invités de marque du festival Passa Porta. En amorce de ce rendez-vous attendu, il répond aux questions d’Imagine depuis sa maison de Saratoga Springs, entourée par les bois, au nord de New York.

A 78 ans, sa colère et son optimisme sont intacts. Il dénonce avec virulence la politique nihiliste de Donald Trump comme hier il s’était opposé à la guerre en Irak voulue par George W. Bush, et comme il a critiqué sans relâche le soutien indéfectible de l’administration américaine à la politique de colonisation des territoires palestiniens menée par Israël.

Bon nombre de citoyens américains et européens ne l’ont jamais lu mais connaissent son univers par le biais de ceux de ses romans adaptés au cinéma, De beaux lendemains et Affliction, tous deux tournés par Atom Egoyan. De ses mots devenus images, Russell Banks se satisfait. ll aime dire que s’il avait vingt-cinq ans aujourd’hui, il se lancerait dans des scénarios de séries télé plutôt que dans l’écriture de romans. Davantage que la littérature, c’est le goût du story telling, l’envie de raconter des histoires qui le porte.

Un commentaire fréquent, dans le monde des lettres, stipule que les temps troubles et violents ne sont guère propices à l’éclosion d’une grande littérature. En France en 1789 ou en Allemagne en 1945, on a mieux à faire que d’écrire de bons romans. La réflexion s’applique-t-elle aux Etats-Unis de 2018 ? A l’heure des dérèglements climatique et d’une possible agonie de la démocratie, est-il encore possible d’écrire de bons romans ?
Il est possible en effet que cette réflexion vaille pour la situation actuelle des Etats-Unis. Cela dit, je n’adhère pas vraiment à l’idée que les temps troublés empêchent toute bonne littérature. Devons-nous oublier les écrivains qui ont vécu pendant septante-cinq ans sous le communisme soviétique, les auteurs irlandais du début du 20e siècle, la littérature mémorable née aux Etats-Unis pendant la Grande Dépression ?
En France, au début des années 1940, Camus, Sartre et Beckett, parmi tant d’autres, écrivaient une littérature qui allait s’avérer essentielle et laisser une marque indélébile. La vérité est que les artistes n’ont rien de mieux à faire dans un temps de crise comme le nôtre que de faire du grand art. Le grand art, c’est ce qui nous permet d’endurer et de survivre pendant les crises, et de surmonter celles-ci. Par contre, ce qui est possible, c’est que le déclin du roman observé ces dernières années nous incite à nous tourner davantage vers d’autres formes de (...)

=> Lire l’intégralité de cet entretien dans notre magazine.

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