E-commerce

Alibaba, un conte
à dormir debout

Liège Airport

Début 2021, le géant mondial de l’e-commerce ouvrira un gigantesque centre de distribution à Liège Airport. Aubaine pour la région ou catastrophe économique, écologique et sociale annoncée ?

« Pour lancer leurs activités, ils occuperont ce terrain de 22 hectares en bord de piste, avec deux entrepôts perpendiculaires, dont celui que vous voyez là en cours de construction », précise Marc Alardeau en pointant du doigt l’énorme chantier en cours derrière les grilles de protection.
Nous sommes dans la zone nord de Liège Airport, au cœur de Flexport City, ce nouveau parc « à la pointe du progrès » dédié à la logistique et au fret aérien créé en 2016.

En ce début avril, un vent tiède souffle sur les monticules de terre amassée. On aperçoit les pelleteuses, les structures en construction et, de l’autre côté de la piste, les avions de TNT-Fedex. Quelques semi-remorques sont garés face au tarmac dans l’attente d’une livraison à venir. Un tracteur passe sur la route qui mène au village voisin. Et le silence des champs alentours contraste étrangement avec l’Antonov 124 (« Le rêve » en français) garé sur le parking d’en face : un monstre d’acier qui peut transporter jusqu’à 120 tonnes, l’un des plus gros cargos au monde, en stand-by, prêt à repartir, le nez tourné vers la verte campagne hesbignonne.

« Ce qui va se passer ici est sidérant », se désole le géographe, auteur d’une analyse fouillée sur l’arrivée en région liégeoise du géant mondial de l’e-commerce, la société chinoise Alibaba qui prévoit d’ouvrir début 2021 son premier hub européen, un gigantesque centre digital de distribution destiné à desservir 24 h/24 tout le continent en biens de consommation. « On ne mesure pas encore ce qui nous attend. C’est une catastrophe économique, sociale et écologique », avance ce scientifique, militant et habitant de la région.

Le 5 décembre dernier, la signature d’un contrat liant la multinationale via sa filiale logistique Cainiao à la Région wallonne et l’Etat belge a pourtant fait l’unanimité dans les milieux politiques et économiques. Au terme de plusieurs mois de lobbying intense, de négociations en coulisse et de rencontres avec Jack Ma, président et co-confondateur d’Alibaba et accessoirement homme le plus riche de Chine, Charles Michel (MR, libéral) ne tarissait pas d’éloges sur cet accord « win-win », qui placerait la Belgique « sur la carte mondiale de l’économie digitale ».

Pour les initiateurs du collectif #Watching Alibaba créé en mars dernier, cette annonce est tout sauf une bonne nouvelle : l’arrivée, à Liège Airport, du leader mondial du commerce business to business, présent dans de nombreux secteurs (paiement électronique, téléphonie, cloud informatique, cinéma, finance…), « c’est de la poudre aux yeux ».
« Que cache réellement ce contrat ?, s’interroge Marc Alardeau. Les autorités ont vendu les atouts de Liège, mais à (...)

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