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Médecins et infirmiers

Comment le Sud est saigné

Les pays industrialisés recrutent du personnel médical au Sud pour faire tourner leur propre système de santé, tandis que les hôpitaux du Sud dépérissent faute de personnel. Existe-t-il des alternatives à ce pillage des compétences ? Oui, selon certaines voix, qui réclament un refinancement de la santé publique.

Attention, pénurie ! Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), pour dispenser les soins essentiels, il manque 4,3 millions de soignants à travers le monde. En cause, un manque de préparation aux métiers de la santé et la fuite des cerveaux vers les pays du Nord. La situation est particulièrement critique dans les pays très peuplés d’Asie, comme l’Inde et l’Indonésie, et en Afrique subsaharienne. L’OMS note que 5.100 médecins seulement sortent chaque année des écoles africaines (contre 170.000 en Europe) et pourtant un quart d’entre eux partent exercer leur métier dans des pays industrialisés, à la recherche, selon l’enquête, d’un meilleur salaire ou d’un environnement de travail plus sûr. Dans la foulée, une infirmière sur dix suit le même chemin.

« Cette situation n’est pas nouvelle, s’exclame le docteur Bruno Dujardin, professeur à l’école de santé publique de l’université libre de Bruxelles. Je travaillais au Cameroun en 1993, se souvient-il. Mes homologues camerounais gagnaient à l’époque 1.200 euros par mois, de quoi vivre dignement, dans une maison de plusieurs pièces avec l’électricité. Puis brusquement, ces médecins ont vu leur salaire divisé par quatre en l’espace de deux ans. D’abord, la Banque mondiale a exigé du gouvernement qu’il comprime les salaires de la fonction publique, ensuite la dévaluation de 50 % du franc CFA, la devise camerounaise, a achevé d’anéantir leur pouvoir d’achat. Comment voulez-vous, dans ces conditions, fixer du personnel à son poste de travail ? »

Et en effet, les chiffres sont têtus. L’OMS note, toujours pour l’Afrique, que 15 à 30% du personnel qualifié désertent les hôpitaux publics pour s’engager dans le secteur privé ou exercer un métier tout différent, mais plus rémunérateur. « On peut se demander pourquoi on ne parle de ces problèmes qu’aujourd’hui », s’interroge le docteur Dujardin, qui pointe du doigt la Banque mondiale. Il y a vingt-cinq ans que celle-ci exige des pays du Sud, ruinés par leur endettement, qu’ils bloquent les salaires de la fonction publique et limitent le recrutement à certaines catégories de personnel. Au prix d’une désorganisation complète des systèmes de santé. « Certains pays, comme le Mali, ont voulu remotiver leur personnel de santé, mais la Banque mondiale s’y est totalement opposée. Le Rwanda y est tout de même parvenu, mais ce fut au terme d’un bras de fer avec les institutions financières. »

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