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Les changements climatiques au cœur des relations Nord-Sud

Si nous voulons éviter un krach comparable à celui de 1929, les changements climatiques doivent devenir un élément central des politiques contemporaines de financement du développement.

Les changements climatiques ne sont pas seulement une menace pour la survie de nombreuses espèces animales et l’équilibre de l’écosystème en général. Ils représentent également un défi qui s’inscrit au coeur du système économique mondial, des relations Nord-Sud et des politiques de développement. Certes, la participation des pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil au protocole de Kyoto est une nécessité, non seulement parce qu’ils sont devenus des « pollueurs  » significatifs, mais aussi et surtout parce que cela accentuerait la pression sur les Etats-Unis, principal pollueur mondial qui utilise notamment cette non-participation pour justifier son nonengagement. Mais ce débat ne doit pas masquer la problématique plus fondamentale qui traverse la question environnementale : les pays industrialisés émettent l’essentiel des gaz à effet de serre et les pays en développement seront les principales victimes des changements climatiques.

L’Afrique en première ligne

Comme l’ont rappelé plusieurs études publiées dans le cadre de la conférence des Nations unies sur le climat de novembre 2006 à Nairobi, l’Afrique est le continent le plus menacé par les changements climatiques. Selon le secrétariat de la Convention sur le climat, le climat africain devrait devenir plus variable et connaître des bouleversements météorologiques plus fréquents et plus graves. Certes, la situation du continent n’est pas homogène. Ces dernières décennies, l’Afrique de l’Est a par exemple connu un régime pluvial stable, tandis que le Sahel a connu d’importantes variations. Mais une tendance globale observée durant le 20e siècle devrait se poursuivre : le réchauffement du climat et la décrue des précipitations qui rend plus difficile l’accès à l’eau. L’étude prédit que 480 millions d’Africains vivront en 2025 dans des régions en pénurie de ressources en eau. Par ailleurs, l’Afrique subsaharienne sera victime d’une importante augmentation de la superficie des terres souffrant de graves limitations environnementales. Cela aura immanquablement des conséquences sur l’agriculture, dont dépendent les revenus des deux tiers de la population. Les populations qui vivent dans les zones côtières et le secteur de la pêche seront également victimes de l’élévation du niveau de la mer. Par ailleurs, les changements climatiques favoriseront l’expansion de pandémies comme la malaria ou le choléra [1].
Plus généralement, l’urbanisation et la multiplication des bidonvilles dans les pays en développement vont exacerber les maux urbains, parmi lesquels les problèmes d’accès à l’eau et à l’assainissement. Depuis 2006, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la majorité de la population mondiale vit dans des villes. Le taux d’urbanisation connaît une croissance telle que près des deux tiers de l’humanité seront dans le cas en 2015. Alors qu’en 1950, il n’existait qu’une ville de plus de dix millions d’habitants (New York), en 2015 il y en aura vingt-trois, dont dix-neuf situées dans les pays en développement et quatorze en Asie. Alors qu’aujourd’hui, un milliard de personnes vivent dans des bidonvilles, ce chiffre aura doublé à l’horizon 2020. Les populations pauvres qui vivent dans ces habitats de fortune sont les principales victimes des catastrophes environnementales. Déjà, la planète dénombre 25 millions de réfugiés environnementaux, dont 80 % dans leur propre pays, majoritairement en Asie et en Afrique [2].
Tous ces éléments indiquent que si les pays en développement les plus pauvres n’émettent que de faibles quantités de gaz à effet de serre, ce sont eux qui sont et seront les premières victimes des changements climatiques. Deux instruments mis en place par le protocole de Kyoto sont censés remédier à cet état de fait. D’une part, un mécanisme de développement propre (MDP) permet aux firmes occidentales de financer des projets environnementaux dans les pays en développement, en échange de crédits d’émission négociés sur le marché du CO2 mis en oeuvre à cet effet. Problème : fin 2006, seulement neuf projets sur plusieurs centaines en cours bénéficiaient aux pays africains. D’autre part, un fonds d’adaptation aux changements climatiques a été créé lors de la conférence de Nairobi de novembre 2006 ; mais son financement, alimenté par une taxe de 2% sur les mécanismes flexibles [3], semble dérisoire comparé aux besoins. Le produit de cette taxe, prélevée sur les transactions opérées sur le marché du CO2, s’élève en effet à 2,3 millions de dollars seulement.

Une facture colossale

Le rapport de 700 pages publié par l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale Nicholas Stern à la veille de la conférence de Nairobi estime que, d’ici 2050, 1 % du PIB mondial, soit 275 milliards d’euros, seront nécessaires chaque année pour investir dans de nouvelles technologies et combattre les émissions de gaz à effet de serre. A défaut, il estime que ce montant pourrait être multiplié jusqu’à atteindre la facture colossale de 5.500 milliards de dollars annuels, ce qui pourrait déboucher sur une récession économique d’une ampleur similaire à celle provoquée par le krach boursier de 1929. Une perspective qui fait des changements climatiques un élément central des politiques contemporaines de financement du développement.

Arnaud Zacharie Directeur de recherche au CNCD-11 11 11

[1« L’Afrique a tout à perdre des changements climatiques, mais manque de moyens pour y faire face », Le Monde, 17 novembre 2006.

[2ONU-Habitat, Rapport mondial sur l’accroissement des villes et de la pauvreté, Nations unies, 2004.

[3Les mécanismes flexibles ont pour but de minimiser les coûts de réduction des émissions de gaz à effet de serre en utilisant les principes du marché. Le principe consiste à faire appliquer des réductions par d’autres, mais à son profit. En clair, le pays A qui émet trop de CO2 peut, soit décider de réduire ses propres émissions, soit financer des projets verts dans un pays B, pour que ce dernier puisse diminuer à sa place les émissions de CO2.

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