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édito


10 juin 2007

Le jour J de l’écologie - édito

Pour la première fois, l’écologie constitue l’un des principaux thèmes de débat à l’occasion des élections en Belgique. Afin que le développement durable soit désormais au cœur des nouveaux choix politiques, Imagine s’associe activement à la campagne pour l’adoption d’un Pacte écologique. Le 10 juin 2007 doit être le jour J de l’écologie en Belgique.

Lors des élections, chacun porte bien sûr son choix sur un parti ou un candidat selon ses priorités. Sur celui qui va plutôt mettre l’accent sur l’emploi, le social, la réduction des inégalités, sur tel autre qui va défendre tout particulièrement la famille, l’école ou la petite enfance, sur tel autre encore qui privilégiera la promotion de l’entreprise et la réduction des impôts.

Pour une écologie arc-en-ciel

Cette fois, l’état de la planète étant ce qu’il est - un désastre -, l’écologie s’impose littéralement à tous. Et le parti politique qui ne revoit pas fondamentalement son programme en tenant compte de cette priorité s’exclut de ce qui constitue le défi sociétal majeur aujourd’hui. Car tous les autres enjeux en découlent, qu’ils soient économiques, sociaux ou culturels. En effet, sans écosystèmes planétaires capables de fonctionner « normalement », une politique de survie sera la seule possible demain. Or, de la biodiversité à la qualité des sols en agriculture, en passant par les forêts et les ressources marines, les réserves d’eau douce ou la qualité de l’air, la plupart des indicateurs de l’état de la planète sont à l’orange, sinon au rouge clignotant.

Parmi tous les groupes composant notre paysage politique, les experts en écologie sont bien évidemment les Verts. Ces matières font leur quotidien depuis 25 ans. Ont-ils de surcroît les autres qualités indispensables pour peser sur la décision politique, à savoir disposer d’un poids suffisant dans l’opinion publique, avoir la juste autorité intérieure nécessaire, des relais dans les rouages clés de la société et de l’administration, l’aplomb pour être efficace dans l’exercice du pouvoir ? Chacun se forgera sa propre opinion. De multiples questions, semblables ou différentes, peuvent d’ailleurs être posées à propos des autres partis politiques.

Mais que les libéraux fassent de l’écologie bleue, les socialistes de l’écologie rouge, les démocrates humanistes de l’écologie orange et les écologistes de l’écologie verte ! Peu importe la ou les couleurs dominantes, quelle que soit la composition du futur gouvernement, une écologie arc-en-ciel, qui rassemble tous les acteurs politiques, est cette fois nécessaire.

Aujourd’hui nous avons impérativement besoin de gouvernements capables de lancer la révolution écologique aux niveaux local et global. Une révolution qui saura imposer des normes contraignantes à l’industrie et à l’agriculture, pour leur faire prendre le grand virage de l’écologie (agriculture raisonnée et puis peut-être bio, chimie verte, logements durables...). Une révolution qui révisera la fiscalité de fond en comble pour taxer résolument toutes les formes de prédation et de pollution de notre environnement, et détaxera progressivement le travail, les soins de santé, l’aide aux personnes, l’enseignement et la culture. Une révolution qui donnera la priorité à l’isolation-rénovation de notre parc de logements. Une révolution qui osera toucher à ce tabou qu’est le trafic des voitures et des poids lourds, pour privilégier les transports en commun rapides, fréquents, nombreux et accessibles à tous, ainsi que les cyclistes et les piétons, parce que l’avenir de notre climat en dépend.

Lancer une dynamique positive

Comment nous mobiliserions-nous si nous étions en guerre ? Les écosystèmes, qui constituent les bases de la vie sur Terre, sont attaqués et nous n’en avons pas réellement conscience. Pourtant, si nous voulons nous donner une chance de sauver le climat et la biodiversité, nous devons nous mobiliser comme si nous étions en guerre... contre notre propre mode de vie destructeur.

De la gestion de la commune à celle de la planète, en passant par la région (la Wallonie et Bruxelles), le pays (la Belgique) et le continent (l’Europe), la tâche du politique est de construire un cadre et d’édicter des règles qui doivent permettre aux différents acteurs de se positionner dans ce jeu subtil et complexe qu’est le fonctionnement d’une société. Comme les industriels ont besoin de savoir, pour orienter leurs recherches et réaliser leurs investissements, quelles seront, par exemple, les normes pour le secteur automobile dans les décennies à venir, les citoyens ont besoin de se sentir encouragés, moralement et financièrement, pour adopter de nouveaux comportements plus favorables à l’environnement. Tous ont aussi besoin de modèles positifs, les assurant que les modifications de comportement qu’on leur propose sont efficaces et vont dans la bonne direction.

Il s’agit donc de lancer, sans plus tergiverser, une dynamique qui permettra aux uns de renforcer les autres. Aux consommateurs d’être récompensés pour les bons choix qu’ils feront en matière d’isolation de leur logement, d’électricité verte, de consommation de produits de l’agriculture locale ou régionale, de voitures partagées et/ou peu énergivores, de modes de déplacement doux... Ce qui, en retour, contribuera à rendre florissantes les affaires des producteurs d’électricité verte, des constructeurs de voitures économes en carburant, des entreprises de rénovation du bâtiment, des agriculteurs locaux ou régionaux... Et, partant, favorisera l’intégration sociale par le travail, améliorera l’entretien des paysages et le maintien de la biodiversité, la qualité de l’air et de la vie en ville, diminuera la concentration de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, etc. Un effet boule de neige qui doit à la fois venir de et gagner l’Union européenne, bien placée pour lancer ce mouvement.

Reconstruction de la démocratie

Bien au delà des élections, c’est tout le chantier de la reconstruction de la démocratie qui est remis en question par la crise écologique. Parce que cette crise touche aux fondements de la vie. Comment les citoyens pourraient-ils faire confiance à une classe politique qui, en sachant où l’on en est, continuerait à nous conduire vers un désastre écologique ?

Il revient aux politiques de prendre à la fois la mesure de l’immense défi écologique qui nous attend... et de l’attente des populations qui, elle aussi, est très grande dans ce domaine. Bien sûr, la Belgique est un petit pays et son influence globale est très relative. Mais nous sommes idéalement situés au cœur de l’Europe et notre « modèle » ne constitue une menace pour personne. D’autre part notre pays s’est toujours distingué, sur la scène internationale, quand il a pris des positions créatives et porteuses d’avenir.

Aujourd’hui, chaque geste posé compte et, sur l’indice « planète vivante », le décompte se poursuit. Un réel pacte écologique doit être conclu - et puis mis en œuvre - en Belgique, à l’occasion des élections. Que le 10 juin 2007 soit le jour J de l’écologie.

André Ruwet

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